Le fédéral met plus de 200 boursiers du Sud sur le carreau

Dive Alice Publié le - Mis à jour le

Belgique A deux mois à peine de leur arrivée sur le sol belge, autant dire que la nouvelle fait mal. Et a de quoi susciter l’émoi et l’indignation. La colère aussi. Terminus, tout le monde descend, les quelque 220 étudiants boursiers des pays du Sud sélectionnés pour suivre des cours (masters et stages) dans les unifs belges à la rentrée académique prochaine devront rester au pays.

Une bonne blague ? Visiblement pas. Le gouvernement fédéral l’a laissé sous-entendre très clairement : aucun boursier venant "des pays en voie de développement", comme on dit, ne pourra être finalement accueilli en Belgique en septembre 2013.

Bienvenue dans la saga belgo-belge des compétences dites "usurpées". Qu’est-ce encore ce terme barbare ? En somme, il s’agit de ces compétences qui ont été transférées aux entités fédérées mais qui sont encore financées par l’Etat fédéral. Malheureuse, la coopération universitaire au développement figure sur la "liste noire" de ces compétences qui empoisonnent depuis bien trop longtemps la vie politique belge. Ainsi, depuis un an et demi, le gouvernement fédéral tente de refourguer cette matière aux Communautés. En vain.

"Compétences usurpées", dites-vous ?

Le 3 mai dernier, après quatre mois d’incertitude dénoncée par les recteurs, professeurs et étudiants, le gouvernement fédéral s’était finalement accordé sur le financement d’une série de projets menés par les unifs en matière de coopération et ce, à hauteur de 67 % pour l’année 2013. Sans déterminer pour autant la ventilation précise de ce pourcentage.

Aujourd’hui, la question se pose donc. Et c’est là que le ministre de la Coopération au développement, Jean-Pascal Labille (PS), est pointé du doigt. Le ministre Labille nous a toujours certifié qu’il ne s’agissait en aucun cas de supprimer certains de nos outils, de nos programmes avec les pays du Sud, mais seulement de répartir les 67 % sur l’ensemble de nos projets", s’indigne Olivier Paye, porte-parole de la Commission universitaire pour le développement (CUD). Qui dénonce : "Or, ici, revirement de situation, on nous fait comprendre que le programme des masters complémentaires professionnalisants pour les boursiers du Sud est purement et simplement supprimé et ce, dès la rentrée académique 2013-2014. Attendez, est-ce que vous vous imaginez un instant la déception de tous ces étudiants étrangers à qui nous avons dû annoncer la nouvelle ? Pour nous, c’est un véritable coup de poignard dans le dos de la part du gouvernement fédéral !"

David Méndez Yépez, le président de la Fédération des étudiants francophones (Fef), va dans le même sens. Et fustige :"L’Etat belge n’a pas respecté son contrat avec les pays du Sud. C’est inacceptable. C’est surtout un drame humain. Il faut dire ce qui est, ces étudiants du Sud sont doublement ‘sans voix’ chez nous. Sans voix dans le sens ‘sans relais’, mais aussi sans voix dans le sens ‘sans valeur électorale’ aux yeux de nos politiques. C’est pitoyable."

Dans les rangs du ministre socialiste, on tente de calmer le jeu. "Notre priorité est de garantir la continuité des projets universitaires, sans que les populations du Sud pâtissent des problèmes belgo-belges. Nous avons déjà réussi à débloquer 67 % du financement, le reste devant encore faire l’objet de discussions au niveau des entités fédérées." En voilà une nouvelle…

Alice Dive

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