Belgique

U n prénom chrétien, un hôpital laïc: c'est bien le fruit d'un compromis à la belge.» Ainsi débute, par la voix de l'historien Vincent Dujardin, le débat dominical consacré à la naissance d'Élisabeth, dimanche à la RTBF. «Il y a là toute une symbolique, commente Marc Uyttendaele, professeur de droit constitutionnel à l'ULB. Pendant de trop longues années, la monarchie a été arrimée à un seul courant philosophique. Ici, cela change et c'est sain.» Confirmation de cette évolution avec Pierre-Yves Monette, médiateur fédéral et, surtout, conseiller honoraire du Roi: «La Cour est extrêmement sensible à ce que les convictions personnelles restent personnelles. Et à ce qu'ils soient les Souverains de tous.»

Venus de tous les horizons, les différentes personnalités académiques réunies sur le plateau se félicitent de la naissance d'une fille. «C'est une fête deux fois, se réjouissent Marc Uyttendaele et Pierre-Yves Monette. Et cela peut être un aspirateur vers davantage d'égalité.» Cette évolution, regrette cependant le professeur de l'ULB, aurait pu survenir plus tôt.

«Une femme, c'est plus romanesque, sourit l'ancien ministre François Perrin, professeur de droit à l'ULg. Cela cadre bien avec la réalité, car la fonction royale n'est autre que du spectacle. Les gens ont besoin de sentiments, d'une fiction unifiante.»«Personnellement, je ne suis pas un monarchiste de sentiment, mais de raison, lui répond Francis Delperée, professeur de droit constitutionnel à l'UCL. Mon souci est technique et professionnel. Je ne connais pas un seul pays au monde où il n'y a pas de chef d'État. Ne serait-ce que pour la représentation, il s'agit d'une fonction importante. Si l'on tient compte de la situation belge, je pense que la monarchie arrange bien des choses.» Le baron Henri d'Udekem d'Acoz, ne dit pas autre chose: «Il suffit de voir les contacts qu'ils ont avec tous ces gens aux quatre coins du pays. C'est une fonction symbolique très importante.»

Certes, l'évolution européenne devrait sensiblement réduire les prérogatives royales dans les années à venir. «Mais dans une Union fédérale, il y aura toujours des chefs d'État au sein des entités fédérées», appuient d'une même voix Pierre-Yves Monette et Vincent de Coorebyter, directeur du Centre de recherche et d'information socio-politique. Les deux hommes évoquent aussi la nécessité d'un débat serein au sujet de la dotation royale, qui pourrait être lié à celui de la représentation de la famille royale au Parlement.

Un téléspectateur s'inquiète de savoir si la princesse Élisabeth pourra, lorsqu'elle aura l'âge de monter sur le trône, refuser cet honneur. «Elle aura dix jours pour se décider avant de prêter serment», répond le professeur Delperée. On n'en est pas encore là.

© La Libre Belgique 2001