Belgique

Le 18 juillet dernier, la réforme du ministre Marcourt est passée en troisième lecture. Pour la première fois depuis 50 ans, l'ULB et l'UCL s'entendent sur le territoire bruxellois. 

Cela faisait près de six ans (depuis 2007) qu’il le réclamait. Mais le climat politique et académique en avait décidé autrement. A présent, c’est accordé. L’institut libre Marie Haps, situé au cœur du quartier européen à Bruxelles (Haute école Léonard de Vinci) catégorie traduction/interprétation, intégrera bel et bien l’université à la rentrée académique 2015. Autrement dit, cette haute école du type long deviendra prochainement une faculté universitaire, ses futurs traducteurs et interprètes fraîchement diplômés se voyant ainsi délivrer un diplôme universitaire à part entière et non plus uniquement de "niveau universitaire".

Mais un diplôme délivré par quelle(s) université(s)? C’était précisément tout le nœud du problème - bruxellois - jusqu’à présent. Par l’UCL et/ou par l’Université Saint-Louis ? Par l’ULB ? Les trois à la fois en fait.

Petit bout d’histoire. En 2007, une habilitation conditionnelle - la seule alors existante - avec Marie Haps avait été octroyée aux Facultés universitaires Saint-Louis (FUSL) pour les baccalauréats et masters en traduction/interprétation. Mais voilà, selon la très grande majorité de nos sources proches de ce dossier, cette habilitation conditionnelle aurait été octroyée à l’époque à Saint-Louis  "dans l’optique de la fusion des universités catholiques francophones  (UCL, FUNDP, FUSL et FUCAM)  en une Académie Louvain"  qui, on le sait, s’est soldée par un échec en 2010 après le vote hostile de Namur. Autrement dit, si l’institut Marie Haps avait accepté cette habilitation conditionnelle avec Saint-Louis en 2007, " c’était très clairement parce que nous souhaitions être intégrés à l’UCL, université catholique complète"  (qui dispense à la fois les premiers et seconds cycles), reconnaît Damien Huvelle, directeur de Marie Haps."Mais pourquoi donc ne pas avoir directement octroyé cette habilitation à l’UCL à l’époque alors ?" , s’interroge encore aujourd’hui le recteur de l’Université Saint-Louis.  Parce que c’était politiquement impossible m’avait-on répondu" , se souvient Jean-Paul Lambert.

Toujours est-il que même si Marie Haps a toujours déclaré que Saint-Louis restait pour elle " un partenaire de choix",  elle n’a jamais caché sa volonté, depuis 2011, de se voir intégrée à l’UCL pour sa formation en traduction/interprétation et ce, tout en restant exclusivement sur le territoire bruxellois.

A Saint-Louis pour les Bac, à l’UCL pour les masters

Vœu exaucé ? Pas tout à fait. Tel un  " bon vieux compromis à la belge , Marie Haps intégrera Saint-Louis pour ce qui concerne son Bac en traduction/interprétation. Toutefois, les cours continueront à se tenir dans les locaux de la haute école. Pour ce qui est de son master, Marie Haps intégrera l’UCL. Mais attention, et c’est là que l’affaire se corse, les traducteurs se verront délocalisés à Louvain-la-Neuve tandis que les interprètes, formation dont à la fois l’UCL et l’ULB partagent une habilitation conditionnelle avec Marie Haps, resteront " très probablement"  à Bruxelles - question de proximité avec les institutions européennes - même si le lieu précis reste encore à déterminer.

Une  "solution en deux blocs", déplore Damien Huvelle, qui est loin de l’enchanter :  "C’est une solution de compromis que nous avons acceptée, mais qui ne nous satisfait pas à 100 %. Nous aurions voulu intégrer une seule université sur un seul territoire, nous voilà scindés en deux. Notre défi à présent est de travailler au dialogue et au maintien de la cohérence de cette formation et  ce,  d’ici septembre 2015". C ela leur laisse donc deux ans pour y parvenir.


Le précieux cachet UCL-ULB

Ala différence de Marie Haps qui, depuis 2007, a toujours clairement manifesté sa volonté de se voir intégrée à l’université pour sa formation en traduction/interprétation, l’Ihecs (Communications sociales) et l’Ichec (Commercial), en tant que hautes écoles catholiques du type long, n’ont jamais aspiré à de telles ambitions. Pour ces deux-là effectivement, ce sont plutôt le cachet universitaire et la visibilité internationale que procure ce dernier qui justifient leur souhait de coorganiser une formation et de la codiplômer avec les universités bruxelloises et ce, "tout en préservant ce qui fait leurs spécificités respectives", soulignent-elles. Soit la communication appliquée pour l’Ihecs et la gestion pour l’Ichec.

Ainsi, pour ce qui est de l’Ihecs, deux gros changements sont à venir pour la rentrée académique 2015 : un master en journalisme qui sera désormais coorganisé avec l’UCL - les étudiants voyageront entre Bruxelles et Louvain-la-Neuve pour prester leurs crédits - et codiplômé avec cette même université, les futurs journalistes se voyant délivrer un diplôme doublement cacheté des tampons de l’Ihecs et de l’UCL. Même principe pour le master en Relations publiques qui se fera, quant à lui, en coorganisation et codiplômation avec l’ULB.

En ce qui concerne l’Ichec, c’est plutôt de "tridiplômation" dont il convient de parler. Ainsi, dès septembre 2015, l’étudiant désireux d’entamer un master en gestion à l’Ichec suivra ses cours pour partie à l’Ichec, pour une autre à l’ULB et pour une troisième à l’UCL. Au terme de son master, il recevra un diplôme triplement cacheté du sceau de ces trois institutions.

Le "coup de gueule" du recteur de Saint-Louis

Une plus grande attractivité des diplômes des étudiants sortants de l’Ihecs et de l’Ichec et une collaboration renforcée avec l’ULB et l’UCL sur le territoire bruxellois donc, une décision " qui, dans un premier temps, a fait bondir le recteur de Saint-Louis" , nous confie une source proche du dossier. Qui raconte : "Jean-Paul Lambert condamnait le fait qu’il n’ait pas été convié aux discussions sur ce point-là. Mais enfin cela concernait les masters, pas les Bac ! Or, l’Université Saint-Louis est habilitée pour les baccaulauréats ! Qu’est-ce que cela pouvait lui faire ? " Et le recteur en question de rétorquer : "Même si Saint-Louis n’est pas directement impliquée, elle est impactée par ce genre de décisions. Attendez, deux hautes écoles qui obtiennent le cachet universitaire alors que leurs programmes restent "haute école", forcément cela accroît la concurrence pour nous, même pour le premier cycle !"

C’est précisément dans ce climat de tension que ce dernier aurait alors exigé, en guise de compensation, un second cycle en droit et sciences politiques pour son université. En vain. Des aménagements auraient néanmoins été apportés à l’accord politique du 18 juillet dernier de façon à laisser la porte ouverte à l’éventuelle obtention par Saint-Louis d’autres habilitations, à condition qu’elles concernent seulement et uniquement des formations… du premier cycle. Vous suivez toujours ?