Belgique Le procureur fédéral requiert une confiscation de 8,5 millions d’euros sur les biens de Jacques Monsieur.

Il n’est pas très grand et, malgré ses costumes bien coupés, il passerait sans doute inaperçu si on le croisait en rue. L’homme, qui comparaissait vendredi en correctionnelle à Bruxelles, est pourtant une référence. Jacques Monsieur, alias "Le Renard" ou "Le Maréchal", est un des trafiquants d’armes - il préfère dire marchand d’armes - les plus connus au monde. Il est une légende dans le milieu du renseignement ou du trafic d’armes.

Rien ne prédestinait pourtant ce fils de notaire de Hal, lui-même juriste, à embrasser cette carrière qui lui a valu des séjours en prison en Iran et aux Etats-Unis, ainsi que des condamnations avec sursis en Belgique et en France.

Officier de réserve, cet homme né il y a 64 ans s’est initié jeune à l’art équestre au Portugal. Ce sera là une passion qui ne le quittera plus : il vit actuellement dans le Sud de la France où il élève des étalons lusitaniens dans son haras.

Un acteur de l’Irangate

Ses premières incursions dans le marché des armes datent des années 80 lorsqu’il a permis au régime des Ayatollah, tout récemment installé et en guerre avec l’Irak, d’obtenir le matériel militaire que les Etats-Unis ne voulaient plus lui vendre. On le retrouvera plus tard impliqué dans des ventes d’armes au Congo-Brazzaville et aux protagonistes de la guerre qui a ravagé l’ex-Yougoslavie dans les années 90.

Il a toujours prétendu avoir agi en bonne intelligence avec les services de renseignement occidentaux qu’il pouvait ainsi approvisionner en informations de première main.

"Ce n’est là qu’un écran de fumée, même s’il a sans doute travaillé pour des services de renseignements", a estimé, devant le tribunal, le procureur fédéral Véronique Mélot.

Cette dernière ne donne pas foi aux explications de Jacques Monsieur qui, interrogé par la présidente du tribunal, prétend qu’il est retiré des affaires depuis au moins dix ans et qu’il a seulement aiguillé vers des entreprises ou des personnes les candidats acheteurs qui s’adressaient encore à lui. Mme Mélot n’en croit pas un mot. Elle a relevé que Jacques Monsieur négociait, fixait les commissions, conseillait sur les armes, prévoyait des formations, et organisait des financements qui pouvaient prendre la forme d’échanges d’armes contre des métaux.

Des traces de ces échanges épistolaires ont été retrouvées dans les dossiers de l’adresse Gmail de Jacques Monsieur qui, étant de la vieille école, n’avait pas crypté ses données.

Ces courriers font état de ventes de tanks, de pièces de rechange, de cartouches, de fusils d’assaut, de jets ou encore d’hélicoptères. Les clients étaient la Guinée-Bissau, la Libye, le Tchad, le Pakistan, la Mauritanie, l’Indonésie ou l’Iran.

Le procureur fédéral a requis deux ans de prison contre Jacques Monsieur. Elle laisse au tribunal le loisir de fixer le montant de l’amende qui peut monter jusqu’à un million d’euros, a-t-elle rappelé. Par contre, Mme Mélot a été très précise sur le montant qu’elle entend voir confisqué : 8 536 032 euros.