Belgique

"De Mercator is terug thuis !"… Hier en début de soirée, il y avait un grand intérêt de curiosité et de fierté des Ostendais et de nombreux touristes pour le "retour à la maison" du plus célèbre trois-mâts belge, escorté par deux remorqueurs. Entendez qu’après une rénovation totale à… six kilomètres de là qui a démarré en septembre 2015, le fameux navire a retrouvé le Mercatordok. Le Mercator avait quitté la veille en fin de matinée le quai 760 et le chantier naval IdP où il a été patiemment retapé. Rassurons les "accros" de restaurations historiques : le bateau a gardé son aspect d’origine. Tout a été refait à l’identique…

Remis à neuf pour 3,4 millions d’euros

Le mythique navire avait plus que besoin d’un "lifting". Le gouvernement flamand a puisé profondément dans son gousset : la note de la rénovation s’élève à 3,4 millions d’euros. Il faut dire qu’il était dans un piteux état. Construit au chantier naval Ramage et Ferguson à Leith en Ecosse au début des années 30, il se déglingua au fil des ans en raison d’infiltrations provenant du pont supérieur. La coque était aussi atteinte, ayant mal supporté sa dernière visite à Bruxelles en 1996 à l’occasion du centenaire du port. Pour accéder au quai de Heembeek, il fallut abaisser les mâts de hune et placer 78 tonnes de ballasts - des rails de chemin de fer - afin de franchir le pont de Willebroek. Avec l’arrivée irréversible de la rouille dans les cales. Mais bon, pour ce joyau majeur de notre aventure marine et maritime, le jeu valait la chandelle. Pour la Flandre et pour la Belgique sous les couleurs de laquelle il a fait quelque 16 fois le tour de la Terre.

Il rapatria le Père Damien de Molokaï

Jusqu’au début de la Seconde Guerre, il fut un navire-école pour les officiers de la marine marchande belge. Pendant le conflit, il a mouillé au Congo avant d’être réquisitionné, en 1943, par l’Amirauté britannique. Il mit alors le cap sur Freetown sous pavillon britannique comme "Submarine depot ship".

Rentré en Belgique en 1947, il subit une réparation complète et ne reprit la mer qu’en 1950. Le Mercator fut désarmé en 1960, après 41 longs voyages et 337 742 milles parcourus. S’il a formé des générations de jeunes qui firent carrière en mer, il entra dans l’Histoire en 1936 en ramenant la dépouille du Père Damien de l’île de Molokaï.

Le trois-mâts accomplit aussi des croisières peu ordinaires. On épinglera celle du 3 octobre 1934 au 21 mai 1935. Avec l’île de Pâques comme destination finale où s’embarqua une expédition scientifique franco-belge. Le navire visita également Pitcairn, Tahiti, Papeete, les Marquises et Honolulu.

Moins connu est le fait que le père du Mercator fut une autre éminente personnalité. Il s’agit en effet du fameux Adrien de Gerlache qui a inscrit la Belgique sur la carte de l’Antarctique.

Excellente pointe de vitesse

Fort peu connu aussi est le fait que le Mercator fut un des navires belges les plus rapides. Atteignant la vitesse de 13 noeuds, il avait remporté plusieurs épreuves de vitesse. Le Mercator avait bien mérité de la patrie lorsqu’il jeta définitivement l’ancre… Mais on aurait tort de croire que cela passa comme une lettre à la poste. De nombreux passionnés - dont le roi Baudouin - se mobilisèrent pour qu’on le sauve de la casse ou d’une vente à l’étranger.

Installé à Anvers, il ne fit plus autant recette. On opta donc pour son déménagement à Ostende. Après 1993, un vent nouveau le fit participer à des parades à Zeebruges et Anvers. Aujourd’hui, la Vieille Dame restera définitivement à quai…