Belgique

Faut-il appliquer en Belgique le modèle néo-zélandais de fixation des prix des médicaments? Initié par le docteur Dirk Van Duppen, militant de l'organisation Médecine du peuple, le débat a commencé en mode mineur l'année dernière en Flandre et fait actuellement rage. Ce week-end, le populaire président des socialistes flamands, Steve Stevaert, s'est prononcé très résolument en faveur du modèle «kiwi» - comme on l'appelle dans la presse flamande. VLD, CD&V et Groen ont aussitôt embrayé pour appuyer la demande. Ils ont été rejoints par le ministre des Affaires sociales Rudy Demotte (PS), qui a d'ailleurs fait remarquer que son plan d'économies présenté la semaine dernière comportait une proposition allant dans ce sens.

Il faut dire que le modèle «kiwi» a de quoi séduire les responsables de l'assurance-maladie. En Nouvelle-Zélande, les médicaments sont en effet très souvent de 3 à 5 fois moins chers qu'en Belgique. Le bénéfice est important pour le patient. Il l'est aussi pour le trésor public. D'après l'Association pharmaceutique belge (APB), la part des dépenses de médicaments dans le budget global de l'assurance maladie a diminué de 14,4 à 14pc entre 1997 et 2000 alors qu'en Belgique, elle passait de 16,1pc à 17,5pc. Même si la comparaison n'est pas tout à fait évidente à établir (le nombre de personnes âgées en Nouvelle-Zélande est ainsi proportionnellement moins élevé qu'en Belgique), elle laisse forcément songeur.

La vente aux enchères

Mais c'est quoi, au juste, la recette des Néo-Zélandais? Un mode de négociation plus dur avec les firmes pharmaceutiques. Ainsi, un nouveau médicament ne peut bénéficier d'un remboursement que dans deux cas: si l'administration est convaincue de son caractère réellement innovant ou si son producteur le met sur le marché à un prix inférieur à celui des produits équivalents. En outre, la Nouvelle-Zélande a instauré - et c'est surtout ce qui séduit les Belges aujourd'hui - un mécanisme d'appel d'offres. Le principe est simple. Quand il existe plusieurs alternatives génériques pour une même molécule, l'administration procède comme une vente aux enchères à l'envers: elle propose l'exclusivité du remboursement (pendant 3 ans) au plus offrant. En clair, le producteur qui propose le prix le plus bas bénéficiera seul du remboursement par l'Etat. Les autres produits pourront toujours être commercialisés. Mais l'absence de remboursement découragera tant les patients que les médecins prescripteurs.

Depuis 1993, date de mise en place du système, les autorités néo-zélandaises estiment qu'elles ont réalisé une économie supérieure à 300 millions d'euros. C'est énorme. Revers de la médaille: la liste des médicaments remboursés, et donc, forcément, le choix des patients ont été réduits à la portion congrue. Toujours d'après l'APB, il n'existe plus sur le marché du médicament remboursé qu'un seul anti-inflammatoire non stéroïdien, une statine, trois inhibiteurs de pompe à protons, etc.

Une greffe de ce système a-t-elle des chances de prendre en Belgique? Pas sûr. L'industrie pharmaceutique ne pèse pas lourd dans l'économie néo-zélandaise. En Belgique, elle compte parmi les plus gros pourvoyeurs de main d'oeuvre. Or, le modèle «kiwi» risque de faire fuir les producteurs. C'est d'ailleurs sans doute bien pourquoi Rudy Demotte (PS) ne défend pour l'heure qu'une version soft dudit modèle. Dans sa note, le ministre des Affaires sociales propose en effet non pas d'offrir l'exclusivité du remboursement au médicament le moins cher de sa classe, mais seulement de lui garantir un remboursement plus avantageux. Il espère lancer le premier appel d'offres «au plus tard en 2006». Nul doute que d'ici là le lobbying de l'industrie sera rude.

© La Libre Belgique 2004