Belgique

Tragique année 2010 pour le MR. On a appris ce jeudi le décès de l’ancien ministre de l’Intérieur Antoine Duquesne. Une funeste annonce qui vient après la disparition du fondateur du FDF André Lagasse (le 11 août), après celle du bourgmestre de Bertrix, Olivier Boclinville (le 24 août) et de Daniel Ducarme (le 28 août) avec qui il a, notamment, partagé la présidence des libéraux francophones - c’était l’époque des deux "ducs".

La disparition de Tony Duquesne a provoqué une très grande tristesse dans la famille libérale. Dans les autres partis aussi. Les présidents du PS, du CDH et d’Ecolo ont tenu à regretter la disparition d’un homme dont ils louent la grande correction, le perfectionnisme et le sens de l’ouverture.

L’unanimité des louanges n’étonne pas. Antoine Duquesne était un gentil. Intrinsèquement, comme on en rencontre rarement en politique. Il n’aimait ni les coups de sang ni les coups de gueule. Et se montrait toujours prévenant avec ses proches et les moins proches.

Antoine Duquesne avait été obligé de se retirer de la vie politique il y a 4 ans après un accident cérébral qui l’a privé de la parole et de l’autonomie de ses mouvements. Il n’est plus apparu en public depuis. Très entouré par sa femme, Anne Bourguignont - qui fut ancien procureur du Roi de Liège - et par son fils Renaud - qui est notamment conseiller communal MR à Marche -, il continuait pourtant à suivre la vie politique belge de fort près.

Juriste formé à l’université de Liège, il a commencé sa carrière politique en 1973 à l’ombre et au service de différents ministres libéraux. C’est au cours de cette vie d’alcôve qu’il se forge une solide capacité à boucler les dossiers, à les bétonner et à les défendre.

Jean Gol, qui l’a côtoyé à l’école, le sortira de l’anonymat des cabinets en le bombardant ministre de l’Education en 1987. Il cédera cependant son portefeuille un an plus tard, après le rejet des libéraux dans l’opposition. En 1999, il reprend pied dans un gouvernement - le gouvernement arc-en-ciel. Il est nommé ministre de l’Intérieur. Ce sera le meilleur moment de sa carrière, son chef-d’œuvre. On lui doit notamment la plus vaste campagne de régularisation jamais organisée en Belgique, qu’il mène à sa façon, malgré les critiques de la gauche, "avec fermeté et humanité". Il boucle aussi la réforme des polices, un chantier gigantesque. Agé alors de plus de 60 ans, il n’a rien à perdre. Il contourne tous les obstacles sans se soucier exagérément des innombrables oppositions. Et il passe.

Antoine Duquesne était sans doute mieux taillé pour la fonction de ministre que pour celle de président de parti. A deux reprises, il a dirigé les troupes libérales. La première fois de 1990 à 1992, en duo avec Daniel Ducarme. La seconde fois en 2003-2004, seul à la manœuvre. Mais ces deux expériences ne constitueront pas ses meilleurs souvenirs. Homme de dossiers, Antoine Duquesne n’aimait pas les petites guéguerres politiques et répugnait souvent à s’en mêler.