Belgique La dernière enquête Pirls (pour Progress in International Reading Literacy Study), réalisée en 2016 dans 61 pays ou régions, a été publiée ce mardi 5 décembre. Elle évalue les performances en lecture des élèves en quatrième année de scolarité obligatoire (de quatrième primaire chez nous).

Comme on pouvait s'y attendre au vu des dernières enquêtes internationales, les élèves francophones belges présentent des résultats médiocres. Très médiocres même, puisqu'ils se classent en dernière position si on prend la liste des pays et régions de l'Union européenne. La moyenne globale au sein de l'Union est de 542. La Communauté française obtient une moyenne globale de 497. Les pays qui ont des résultats inférieurs aux nôtres sont des pays économiquement moins développés, hors OCDÉ ou hors Union européenne.

Inégalités entre élèves

En Communauté française, on observe que les filles obtiennent un résultat (503 points) significativement supérieur à celui des garçons (492). On remarque également que les élèves d'origine favorisée obtiennent un résultat significativement supérieur aux élèves d'origine défavorisée. Ainsi, si on prend les 25% des élèves francophones qui ont l'origine socioéconomique la plus favorisée, on remarque qu'ils sont dans la moyenne des pays de l'Union, avec un résultat moyen de 542 points. Les 25% des élèves ayant le moins de ressources à la maison ont un résultat moyen de 455 points.

Globalement, les résultats des élèves de la Communauté française sont en baisse de 9 points par rapport à l'enquête Pirls de 2011. En tête du classement, la Russie (581 points) et Singapour (576 points) dépassent tous les autres pays. Juste devant la Communauté française, on retrouve la France (511 points). Un peu plus haut, on découvre la Communauté flamande avec 525 points.

Méthodologie

L'étude Pirls couvre deux types de lecture : lire pour l'expérience littéraire et lire pour acquérir et utiliser de l'information. Dans tous les pays de l'Union, les résultats des élèves sont plus faibles lorsqu'il s'agit de lire et de comprendre un texte informatif.

Au départ des résultats internationaux, quatre niveaux de compétences ont été définis. Les moyennes globales du niveau élémentaire (niveau 1) sont comprises entre 401 et 475, ceux du niveau intermédiaire (niveau 2) entre 476 et 550, ceux du niveau élevé (niveau 3) entre 551 et 625. Une moyenne globale supérieure à 625 correspond au niveau avancé (niveau 4).

Comme l'explique un document d'analyse rédigé par le Service d'analyse des Systèmes et des Partiques d'enseignement (Aspe) de l'Université de Liège, on peut dire, en schématisant la définition des niveaux "que les niveaux 1 et 2 correspondent à une maitrise des processus de compréhension les moins complexes (respectivement prélever et inférer de l’information) tandis que les niveaux 3 et 4 témoignent d’une maitrise des processus plus complexes (respectivement interpréter et évaluer)".

En Communauté française, précise encore ce document, "l'’évolution des résultats depuis 2011 indique un accroissement du pourcentage d’élèves qui n’atteignent pas le premier niveau de compétence. Faute d’avoir automatisé les techniques de décodage, on peut penser que ces élèves n’ont pas eu le temps d’aborder les questions qui accompagnent les textes. La proportion de lecteurs en grande difficulté est particulièrement élevée chez les élèves qui présentent un retard scolaire : 23% d’entre eux n’atteignent pas le niveau 1 et 42% ont un niveau de compréhension qui ne leur permet pas d’aller au-delà de l’explicite d’un texte. Ce qui signifie que le redoublement ne leur a pas permis de combler leurs lacunes en lecture."

Réaction de la ministre

Dans un communiqué de presse envoyé ce mardi midi, la ministre de l'Education Marie-Martine Schyns (CDH) précise que "l’analyse de ces résultats sera particulièrement utile aux travaux du Pacte pour un enseignement d’excellence. Le groupe de travail relatif aux « référentiels français », qui doit revoir les savoirs, les savoir-faire et les compétences du futur tronc commun tiendra largement compte des constats et des pistes d’amélioration développés dans l’analyse de l’équipe universitaire [de l'Université de Liège]. Il faudra renforcer l’offre de lecture en insistant sur la compréhension, l’interprétation, le décodage et l’implicite. Cela devra se combiner avec un passage à l’écrit intervenant plus tôt dans la scolarité."

"Par ailleurs", conclut la ministre, "d’autres initiatives ont été prises récemment, dont un soutien financier à l’achat de littérature jeunesse par les écoles", et le fait que "la formation continue des enseignants en lecture et écriture a été intensifiée, en insistant sur la lecture de textes longs".