Le nucléaire belge serait vulnérable aux cyberattaques

Laurent Lambrecht Publié le - Mis à jour le

Belgique

Un rapport rédigé par “The Economist intelligence unit” et “The nuclear threat initiative” pointe les manquements de la Belgique en matière de cybersécurité nucléaire. Le premier cité est une société de conseil appartenant au groupe qui détient le prestigieux hebdomadaire britannique “The Economist”. Le second est une ASBL dont l’objectif est de renforcer la sécurité mondiale en réduisant le risque nucléaire.

Précisons d’emblée que cette étude déborde largement du cadre de la sécurité des centrales de Tihange et de Doel. Le premier indice s’intéresse à la sécurisation des sites où est entreposé plus d’1 kg d’uranium enrichi ou de plutonium. On parle ici de 24 pays disposant de sites qui pourraient faire l’objet de cambriolages de la part de terroristes désirant fabriquer une arme nucléaire. En Belgique, il y aurait trois sites sensibles.

Le deuxième indice concerne 45 pays qui possèdent des installations nucléaires plus classiques comme Doel, Tihange ou le réacteur de recherche situé à Mol.

Un bon score général
Précisons que la Belgique obtient un score général assez favorable en ce qui concerne la sécurité de ses installations nucléaires (19 e sur 45) et de ses sites sensibles (5 e sur 24). En revanche, notre pays récolte un zéro pointé en matière de cybersécurité. Aussi bien au sujet des installations nucléaires que des sites sensibles.

Comment expliquer cette notation ? “La Belgique ne dispose pas de régulation spécifique en matière de cybersécurité, nous explique Page Stoutland, Vice-President de l’ASBL Nuclear threat initiative. Il se peut que la sécurité soit assurée au niveau des installations nucléaires mais ce n’est pas une exigence légale”.

Le système de refroidissement saboté

En outre, la Belgique est loin d’être le seul pays qui présente des manquements en matière de cybersécurité. Parmi les 47 Etats étudiés, 20 obtiennent un zéro pointé. En revanche, treize pays obtiennent une note maximale au niveau de la prévention des cyberattaques: parmi eux figurent la Russie, l’Australie, la Suisse, Taiwan, le Royaume-Uni ou encore les USA.

Le rapport précise également la façon dont pourrait se dérouler une cyberattaque : mise hors service du système de refroidissement d’un réacteur nucléaire, piratage du système d’accès aux sites permettant l’entrée de personnes non autorisées, ou encore vol de matériel permettant la fabrication d’une arme nucléaire.

Jean-Marc Nollet, chef de groupe Ecolo à la Chambre, a interpellé le ministre de l’Intérieur à propos de cette étude. “Jan Jambon explique ce zéro pointé par la méthodologie employée, mais cela ne peut pas tout expliquer, déclare-t-il. Il faut que le Centre pour la cybersécurité mène un audit des installations nucléaires belges. Le secteur nucléaire se croit à l’abri mais les choses ont énormément bougé ces dernières années”.

De son côté, Jan Jambon a précisé que des tests minutieux avaient été réalisés en 2011. “En cas de cyberattaque, la dissociation des systèmes informatiques fait en sorte que les fonctions de sécurité ne peuvent être perdues”, a précisé le ministre de l’Intérieur à la Chambre à l’agence Belga.