Le paquet (un peu) plus cher

X.Du. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Avis aux fumeurs. Le prix du tabac va encore augmenter cette année. La mesure figure dans l’accord budgétaire concocté par l’équipe Di Rupo. De combien ? Au SPF Finances, en charge de la politique des accises, on se contente de communiquer la formule officielle qui stipule que "le prix moyen pondéré est augmenté de 13,00 euros par mille pièces pour les cigarettes et de 0,20 cent pour les 50 g de tabac à rouler". Cela signifie en clair que le prix du paquet de 20 cigarettes devrait être majoré de 13 cents le 1er février prochain et de 13 autres cents le 1er août suivant. Soit 26 cents par paquet en moyenne. L’augmentation du prix du tabac à rouler suivra le même tempo et dans des proportions similaires.

Voilà qui porterait le prix du paquet de vingt cigarettes à quelque 5,21 euros. Cher sans doute pour les gros fumeurs mais pourtant bien moins que dans la plupart des pays limitrophes : 5,46 aux Pays-Bas, 6,25 en France et même jusqu’à 8 euros au Royaume-Uni. Une politique peut-être pas si innocente que cela, car il apparaît en effet que de plus en plus d’étrangers, surtout Français et Britanniques, achètent massivement leurs cigarettes en Belgique, payant ainsi des taxes belges plutôt que celles de leurs propres pays. En effet, la croissance des ventes surtout observée en 2011 et 2012 en Belgique serait due en grande partie à l’intensification de ce commerce transfrontalier. Et les Belges qui reviennent du Luxembourg le coffre plein de fardes ne réduisent-ils pas d’autant les recettes fiscales ? Et non. En raison d’accords conclus dans le cadre de l’Union économique belgo-luxembourgeoise, la majeure partie des recettes fiscales perçues par le Grand-Duché est en effet restituée à la Belgique.

Voilà pour l’aspect fiscal. Mais quid de la santé publique ? La déclaration de politique générale du gouvernement Di Rupo prévoit d’augmenter les accises sur le tabac pour, dit-il en toutes lettres, "décourager les comportements nuisibles à la santé". Sera-ce le cas ? Y aura-t-il moins de fumeurs en 2012 parce que le paquet de cigarettes aura augmenté deux fois de 13 cents ? Beaucoup en doutent et certains soupçonnent même l’Etat de privilégier une succession d’augmentations indolores au coup de bambou massif, justement pour ne pas risquer d’écœurer trop de fumeurs-cochons payants. Il faut dire que la cigarette est une vache à lait. En 2009, les recettes fiscales générées par les produits du tabac ont rapporté 2,36 milliards d’euros à l’Etat belge, un quart en TVA et le reste en accises.

La manne continuera-t-elle de grossir ? A voir. La version optimiste, celle affichée officiellement par le gouvernement, serait de voir le nombre de fumeurs se réduire et partant, le nombre de cancers du poumon en Belgique. Les soigner coûte en effet à l’Etat, selon la Fondation contre le cancer, au moins 3 milliards d’euros par an, soit plus que ce que rapporte le tabac dans les caisses de l’Etat. On lira par ailleurs (voir interview ci-jointe) que les choses ne sont pas si simples. Mais il y a une version moins encourageante de l’évolution des choses. Des études montrent qu’au lieu de renoncer, le fumeur, écartelé entre son portefeuille et son assuétude, s’oriente vers la nicotine bon marché, à savoir le tabac à rouler, trois fois moins cher que la cigarette. Et dans ce cas, l’intérêt général y perdrait de tous les côtés, tant en recettes fiscales qu’en soins de santé

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