Belgique Lourdes réquisitions au procès en appel de la filière belge en Syrie dont fut issu le kamikaze de Zaventem.

En mai 2016, le tribunal correctionnel de Bruxelles rendait une décision de "réconciliation nationale", selon les termes de l’avocat Sébastien Courtoy, conseil de plusieurs prévenus dont plusieurs ont été acquittés. La plus forte peine infligée était de sept ans, alors que le parquet fédéral avait requis plus de 200 ans additionnés de prison ferme. Le tribunal n’avait au final infligé que la moitié, pour bonne partie avec sursis. Dans le jugement, il avait évoqué "le malaise d’une catégorie de jeunes extrêmement immatures". Et eu ce message d’espoir : "L’appareil répressif doit aussi renouer les fils du dialogue social quand la chose est possible (...) et ne pas compromettre le chemin pris par certains".

Hier, huit prévenus étaient jugés par la cour d’appel de Bruxelles. Et le parquet fédéral a une nouvelle fois requis des peines extrêmement lourdes, 15 ans contre Othman A. et Ishak G., 12 ans contre Mohamed A., l’ancien imam d’Evere, Mohammed Benajiba ou Majid A.

Ces huit hommes sont jugés dans le cadre de la célèbre filière bruxelloise de départs en Syrie, chapeautée par le gourou Khalid Zerkani, dont les membres les plus tristement éminents sont Abdelhamid Abaaoud, Najim Laachraoui et Chakib Akrouh.

Dans ce dossier judiciaire, 22 jeunes hommes ont quitté la Belgique pour rejoindre la Syrie. Six sont encore là-bas. Quatre sont morts, dont deux en se faisant exploser dans des attentats-suicides : Refla, en Irak, et Laachraoui, à l’aéroport de Zaventem, le 22 mars 2016.

Pour justifier la demande de peines plus lourdes, la substitut Fabienne Laduron, qui remplaçait Paul Somers au pied levé, a évoqué la "jurisprudence" récente et les fourchettes de peine plus hautes infligées à des personnes comme Fatima Aberkan, la "madonne du djihad", ou le recruteur de haut vol Khalid Zerkani, tous deux condamnés à quinze ans de prison. Les hommes qui comparaissent devant la cour ont-ils un même niveau de dangerosité ? C’est ce qui sera étudié jusque vendredi prochain.

Aujourd’hui, sept des huit prévenus comparaissent libres. La plupart ont retrouvé un travail. Ou se sont lancés comme indépendant car leurs précédents employeurs - Engie, Infrabel… - les ont licenciés quand leur nom est sorti dans la presse, notamment dans La DH. Majid A. s’est fait virer il y a quelques semaines, après son arrestation alors qu’il circulait porte de Hal avec deux simples bonbonnes de gaz dans le coffre de son utilitaire. Il a été relaxé mais son patron a préféré se passer de ses services. Hier, ils ne se sont que peu exprimés, préférant laisser la parole à leurs avocats.

Le dernier des prévenus, Khaled Khattab, le seul qui a fait appel de sa peine de sept ans de prison, est aussi le seul absent. L’homme a été inculpé puis relâché en Turquie, alors qu’il avait fui la Belgique pour revenir en Syrie. Son avocat, Me Cédric Vergauwen, a demandé à disjoindre le dossier, sans succès. Sans mandat, il a abandonné sa défense. Khaled Khattab pourrait être renvoyé en Belgique le 25 avril.