Belgique Son avocat revient sur les événements qui ont mené à la mort de Mawda. "En aucun cas, il n’essaie de justifier son acte."

V ., qui a, le 17 mai 2018, tiré en direction d’une camionnette au cours d’une course-poursuite, est anéanti depuis l’annonce du décès de Mawda. Il n’existe pas de mot assez fort pour exprimer ses regrets à l’attention de sa famille." Dans un courrier envoyé à "La Libre", Laurent Kennes, avocat spécialisé en droit pénal général et droit pénal des affaires, livre la version de son client, policier depuis un peu plus de dix ans. "C’est la première fois qu’il était confronté à une telle situation et qu’il a fait usage de son arme."

Une conduite dangereuse et agressive

C’est à 2 h 10 du matin, le jeudi 17 mai, que V. et son équipier ont été avertis de la course-poursuite. N’ayant pas pu obtenir d’informations sur les motifs de l’intervention en cours, ils se sont placés sur la bande d’arrêt d’urgence. Lorsqu’ils aperçoivent la camionnette, talonnée par leurs collègues de la police de la route, ils montent sur l’autoroute et rattrapent la camionnette, dont la conduite est décrite comme "particulièrement dangereuse".

Alors qu’ils somment le conducteur de s’arrêter "par des signes des bras et des mains", ce dernier donne des coups de volant et tente de faire sortir de la route le véhicule des policiers. "Il s’est avéré ultérieurement qu’elle avait préalablement percuté un autre véhicule de police au cours de la course-poursuite", ajoute l’avocat.

Le policier ignorait que des migrants étaient à l’intérieur

D’après Laurent Kennes, son client ignorait la présence de migrants à l’intérieur de la camionnette. "Rien ne lui a laissé penser que plusieurs personnes étaient réfugiées dans cette camionnette destinée au transport de marchandises et non de personnes."

Selon une source proche du dossier, les policiers impliqués dans la course-poursuite ont en effet cru à ce qu’on appelle dans le jargon policier un "vol cargo", c’est-à-dire les vols dans des camions stationnés le long des autoroutes. Toujours selon cette source policière, les vols cargo sont très récurrents sur les aires de repos. "Il arrive régulièrement que nous soyons appelés pour un vol cargo alors qu’il s’agit de migrants qui tentent de s’introduire dans un camion, et inversement", nous explique-t-on.

La camionnette a braqué au moment du tir

Face à un comportement très agressif, V. et son collègue montrent leurs armes, faisant ainsi signe au conducteur qu’ils sont susceptibles de faire feu. Cela n’a toutefois pas intimidé le conducteur, qui a "persévéré dans sa conduite insensée". "V. a alors pris la décision de tirer dans le pneu avant gauche dans l’espoir d’arrêter le véhicule fou." Les policiers se placent alors à quelques mètres de la camionnette. Malheureusement, au moment où V. fait usage de son arme, la camionnette tente une nouvelle fois de les percuter et donne ainsi un coup de volant. Avec les suites tragiques que l’on connaît aujourd’hui.

Immédiatement après le tir, la camionnette - dans laquelle se trouvaient 26 personnes - quitte l’autoroute par l’entrée d’un parking autoroutier, où elle percute un poids lourd et s’arrête enfin. Les deux équipiers se rendent également sur l’aire d’autoroute. "Ce n’est que par la suite que mon client a appris qu’une enfant avait été touchée et qu’il y avait, outre le conducteur, plusieurs migrants à l’intérieur du véhicule, indique l’avocat. A aucun moment celui-ci n’a tiré ni pour tuer, ni pour blesser."

Choqué par les propos de De Wever

Le but de ce courrier, précise l’avocat, n’est pas de justifier l’acte de son client. Il s’agit, ni plus ni moins, de fournir des informations sur les circonstances qui l’ont amené à tirer.

Laurent Kennes décrit un homme "anéanti" qui "n’a pas assez de mots pour exprimer ses regrets à l’attention de la famille de Mawda". Un homme qui, en outre, ne cautionne pas les propos tenus par Bart De Wever, sans toutefois le nommer. "Il ne s’associe en rien à tout propos stigmatisant les migrants comme délinquants. Il a lui-même, malgré sa situation délicate, été profondément heurté que la responsabilité des parents soit envisagée dans un tel contexte. Au-delà du décès de Mawda, il est épouvantable que 28 personnes - à suivre la presse - se soient entassées dans une camionnette de transport de marchandises et aient été mises en danger dans le cadre d’une course-poursuite. La misère qui pousse ces personnes à vivre de telles situations ne peut qu’inspirer tristesse et compassion. C’est ce qu’a toujours ressenti cet homme, et c’est plus encore ce qu’il ressent aujourd’hui. Il se sent totalement dépassé par l’ampleur de ce drame et par la douleur des parents. Il ne sait comment réagir, tout simplement parce qu’il est impossible de bien réagir. Il tient en tout cas à le faire dans le respect des victimes et des migrants et avec humanité."

V., dont les parents ont émigré en Belgique dans les années 60, reste à disposition de la justice. Son avocat indique encore qu’il collaborera pleinement à l’enquête.