Belgique

Dans une séquence d'émission de la RTBF, déjà vue 200.000 fois sur Internet, le porte-parole du Premier ministre exige d'un journaliste que certaines images ne soient pas diffusées à l'écran.

Dans le cadre de l'émission hebdomadaire 7 à la Une de la RTBF, le journaliste Tristan Godaert intervient chaque semaine dans une séquence appelée Contrechamp. Avec un seul objectif : se pencher sur un sujet d’actualité à travers les coulisses et les à-côtés de celui-ci. Le journaliste s’invite donc sur place et tente de balader sa caméra un peu partout. "Les à-côtés et les anecdotes sont souvent très instructifs", indique-t-on, sur le site de la RTBF, pour présenter l'émission. Reste que, depuis samedi soir, une séquence fait le buzz sur la toile, et a déjà été regardée par plus de 200.000 internautes. Dans ce petit film consacré aux coulisses de la visite d'État du président turc Recep Tayyip Erdogan, on voit Frédéric Cauderlier, l'actuel porte-parole du Premier ministre, en colère, exiger du journaliste que certaines images filmées par son cameraman ne soient pas diffusées à l'écran. "Elle ne souhaite pas être filmée (Ndlr, Aurélie Czekalski, attachée de presse du Premier ministre). Le truc n'a pas intérêt à passer sur antenne, c'est clair?", indique Frédéric Cauderlier, qui ne se doute pas qu'il est filmé. "Si elle est dans le sujet, c'est une erreur grave et cela ne restera pas sans suite !", poursuit-il. "Tu veux faire chier dans les coulisses en permanence. C'est bien, c'est amusant. Tu veux jouer au Petit Journal ? C'est bien, fais le, c'est chouette. Mais pas en permanence. Tu as envie de travailler comme cela ? Continue à travailler comme cela, mais cela ne durera pas longtemps avec nous !", poursuit le chef de com' du MR. Précisons que le film ne dure qu'une minute 36, et que la discussion a duré plus longtemps que ces quelques extraits rendus publics par la RTBF.


Que s'est-il passé ? À la base, le cameraman de Contrechamp filme une discussion, où l’on peut observer le conseiller de l'ambassade de Turquie reprocher à une collaboratrice du Premier ministre Charles Michel (MR) d'avoir laissé une journaliste poser au président turc une question dérangeante. Une séquence-coulisse pour le service de communication du Premier ministre, qui considère, que les caméras ne sont pas censées filmer ce genre de discussion. Aurélie Czekalski, l'attachée de presse, demande donc au journaliste de ne pas diffuser cette séquence, et va jusqu'à menacer de prévenir les responsables de la RTBF. C'est donc cet échange que le porte-parole du Premier ministre ne souhaite pas voir être diffusé. Il invoque pour ce faire le droit à l'image de son attachée de presse.

Si Frédéric Cauderlier n'a pas souhaité réagir personnellement à ce bad buzz, l'entourage du Premier ministre ne cache pas son agacement face à une vidéo, qui tromperait délibérément les téléspectateurs sur ce qui s'est vraiment passé. "On est attaché plus que tout à la liberté de la presse. Les services du président turc avaient exigé que certains journalistes d'opposition ne reçoivent pas leur accréditation, ce que nous avons justement refusé au nom de la liberté d'expression. La vidéo est donc trompeuse car elle fait croire qu'on ne voulait pas que cette journaliste pose une questions. Ce qui est faux", nous indique-t-on. "Prendre ces images à ce moment portait clairement atteinte au droit à l'image de la collaboratrice. Les communicants n’ont pas été prévenus qu’ils faisaient l’objet d’un reportage, la RTBF ayant annoncé sa venue pour couvrir la visite d’Erdogan", souligne encore l'entourage de Charles Michel.

Un point de vue que ne partage pas François Mazure, le présentateur de l'émission 7 à la Une, qui trouve au contraire pertinent d'avoir diffusé la séquence. "On a flouté les visages, donc on respecte le droit à l'image. Mais on a estimé que le ton était interpellant. Cela pouvait relever de l'intimidation. On a estimé que cette séquence était donc importante à diffuser", explique-t-il.

De son côté, la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ) a dénoncé ce dimanche les tentatives d'intimidation répétées du cabinet du Premier ministre belge Charles Michel à l'encontre du journaliste de la RTBF dans le cadre de la couverture de cette visite d'Etat.