Belgique

L'actuel président du parti socialiste Elio Di Rupo s'était jusqu'à présent toujours bien gardé de reconnaître explicitement son homosexualité en public. Même en 1996, au plus fort de «l'affaire Trusgnach», lorsqu'il fut accusé à tort d'entretenir des relations avec des mineurs. Dans le numéro à paraître ce jeudi de «ZiZo», le magazine de la Fédération flamande des associations d'homosexuels, il franchit cependant le pas. À la question du journaliste lui demandant pourquoi en Wallonie il n'y avait pas, comme en Flandre, de chanteurs ou d'acteurs connus qui reconnaissaient publiquement leur homosexualité, le président du PS répond: « Je ne suis pas chanteur ». Puis parlant des effets du «coming out» (moment où une personne ose avouer son homosexualité), il lâche: « Personnellement, je crois qu'il est bien que je m'exprime maintenant même si c'est difficile dans la mesure où cela pourrait favoriser une plus grande égalité entre les gens ».

C'est la première fois qu'un homme politique belge de haut rang avoue ainsi aussi ouvertement son homosexualité. Un signe des temps? Incontestablement. « La tolérance par rapport à des comportements qui ne cadrent pas avec la norme généralement admise me semble plus grande qu'il y a quelques années, argumente Marc Lits, spécialiste des médias (UCL). Les tabous se lèvent. Sur la question de l'homosexualité comme sur tout un tas d'autres sujets sensibles. Il y a 5 ou 10 ans par exemple, il est peu probable que le roi Albert aurait osé reconnaître, comme il l'a fait récemment de manière plus ou moins explicite, l'existence de sa fille naturelle.»

LA VIE PRIVÉE COMME ARGUMENT

Une preuve aussi que le monde politique lui-même évolue. « Aujourd'hui

Explique encore Marc Lits, les hommes politiques jouent de plus en plus la carte de la proximité et de la vie privée. Ils cherchent à épaissir leur personnalité propre sans doute parce que le discours politique dans sa forme traditionnelle passe moins bien. Mais, et Jacques Chirac l'a appris à ses dépens, l'image publique qu'ils tentent de se donner doit correspondre à ce qu'ils sont réellement. C'est précisément ce que fait Elio Di Rupo. En faisant ces aveux, il renforce la cohérence de son image publique.»

Mais ne prend-il pas aussi le risque d'écorner une popularité particulièrement élevée Elio Di Rupo caracole en tête du hit-parade de popularité? Apparemment pas. Ou peu. «Premièrement, commente Marc Lits, ses préférences sexuelles étaient déjà de notoriété publique. Certes, il ne les avait jamais affichées ouvertement. Mais la presse l'avait fait à sa place au moment de l'affaire Trusgnach, ce qui n'avait à l'époque pas suscité de démenti de sa part. Ensuite, le moment qu'il choisit pour s'afficher est idéal: il n'y a normalement pas d'élections avant longtemps. Enfin, il s'exprime dans un média flamand. C'est assez habile, parce que, de la sorte, l'information qu'il donne n'arrivera dans la presse francophone que par ricochet. Peut-être redoutait-il un peu l'opinion socialiste moyenne. Sur ces questions-là, on est aussi rigoureux dans les maisons du peuple que dans les églises

© La Libre Belgique 2001