Belgique

Il n’en fallait pas plus pour relancer le débat ancestral sur l’opportunité de remplacer les cours de religion et de morale dans les écoles - tous réseaux confondus - par un cours de philosophie à part entière.

L’annonce faite samedi après-midi par le patron de l’enseignement catholique, Etienne Michel, quant à sa volonté de réintégrer des cours de religion islamique dans ses écoles, n’a pas manqué de faire réagir le monde scolaire francophone. Notamment la CSC-Enseignement qui s’est dite surprise par cette proposition unilatérale de son pouvoir organisateur (PO), sachant que "l’argument consistant à vouloir favoriser un vrai dialogue interconvictionnel au sein des écoles n’est pas neuf, mais s’inscrit déjà dans le cadre d’un projet structurel porté par la ministre Simonet", a déclaré son secrétaire général

Effectivement, souvenez-vous. A la mi-janvier dernier, la ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet (CDH), annonçait son intention d’instaurer d’ici la rentrée scolaire 2013, dès le fondamental, un "tronc commun" à tous les cours de morale non confessionnelle et de religions reconnues (catholique, protestante, israélite, islamique et orthodoxe). Un projet mûrement réfléchi en concertation avec le Conseil consultatif des cours philosophiques (CCCP) et les représentants des cultes.

Concrètement, ce "tronc commun" s’articulerait autour de trois axes : le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à une citoyenneté active.

Mais voilà. A l’époque, le Centre d’étude et de défense de l’école publique (Cedep) - regroupant 12 associations - avait jeté un gros pavé dans la mare. D’accord sur le principe d’avoir une matière enseignée en commun aux élèves sur le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à la citoyenneté active, le Cedep était par contre totalement opposé au fait que ces matières-là soient dispensées dans le cadre des cours de morale et de religions existants, et donc séparément et différemment selon le cours auquel l’enfant a été inscrit. "Or, l’objectif poursuivi est que les élèves puissent bénéficier d’un enseignement commun, quelle que soit l’appartenance philosophique des parents", avait insisté son président.

Pour rappel, en Belgique, les parents sont priés, selon leurs convictions et le réseau choisi (officiel, libre confessionnel ou libre non confessionnel) d’inscrire leur enfant à un cours "dit philosophique". A l’origine ? Deux textes majeurs. Signé en 1958, le Pacte scolaire consacre le principe de liberté du chef de famille, qui doit pouvoir décider de l’école de son choix. De même, l’article 24 de la Constitution stipule que "tous les élèves soumis à l’obligation scolaire ont le droit, à charge de la Communauté, à une éducation morale ou religieuse" tandis que "les écoles organisées par les pouvoirs publics offrent, jusqu’à la fin de l’année scolaire, le choix entre l’enseignement d’une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle".

Le Cedep plaidait ainsi pour que les matières telles que le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à la citoyenneté active soient développées au sein d’un cours commun de philosophie à part entière.

C’est dans cette ambiance "aux allures de guerre scolaire" que quatre représentants du Cedep seront auditionnés ce mardi en commission de l’Education du Parlement de la Communauté française. Ils exposeront leurs positions quant au projet de la ministre Simonet (CDH). "L’intérêt de ce principe de tronc commun, c’est qu’il favorise un vivre-ensemble et un dialogue interconvictionnel dans le cadre du cours de religion ou de morale choisi par l’élève. Il s’agit donc d’un contenu renforcé, mais qui n’implique pas de changements d’horaire ni de licenciement de professeurs puisque les cours de religion et de morale sont maintenus", déclare-t-on dans les rangs de la ministre. Et d’ajouter : "Le discours de certains consistant à demander la suppression pure et simple de ces cours pour les remplacer par un cours de philosophie à part entière nous laisse penser qu’ils ne veulent rien faire, car ils savent que cela demande une révision de la Constitution".

Le hic, c’est que ce sont précisément les députés socialistes, favorables à la proposition du Cedep, qui soutiennent ce discours. Or, le PS est dans la majorité au Parlement aux côtés du CDH et d’Ecolo. Délicat dès lors de contester le projet de la ministre démocrate humaniste.

Les socialistes sont ainsi tiraillés entre la volonté de soutenir le réseau officiel et la nécessité de rester crédibles face à l’opposition libérale. Le MR Richard Miller, à l’origine de cette demande d’audition, sera très attentif aux réponses formulées par le Cedep et entend bien suivre de très près ce "dossier particulièrement délicat".