Le rail wallon à nouveau lésé

Frédéric Chardon Publié le - Mis à jour le

Exclusif
Belgique

Décidément, les projets ferroviaires ont du mal à se réaliser du côté wallon Après le coup de sang d’André Antoine (CDH) au sujet du report à 2022 de la finalisation du RER, voilà que Philippe Henry (Ecolo), ministre wallon de la Mobilité, allume Infrabel au sujet de la ligne Bruxelles-Namur-Luxembourg. En fait, il vient d’envoyer un courrier cinglant à Luc Lallemand, l’administrateur-délégué d’Infrabel, pour dénoncer le report à 2022 également des travaux sur les lignes 161 (Bruxelles-Namur) et 162 (Namur-frontière luxembourgeoise). Ces améliorations permettront notamment de faire circuler les trains à 160 km/h plutôt qu’à 120 km/h, comme c’est le cas actuellement.

"J’accuse réception de votre courrier du 15 mai dernier relatif à la modernisation de l’axe Bruxelles-Luxembourg, dans lequel vous annoncez une finalisation de ce projet en 2022. J’estime pour ma part que le report de ce projet est inacceptable", balance Philippe Henry dans cette lettre que nous avons pu nous procurer.

Pourquoi est-ce si problématique ? Le courrier du ministre Ecolo explique au patron d’Infrabel les raisons de l’agacement wallon : "Ce projet dont l’achèvement était prévu en 2013 a déjà subi de nombreux retards et reports successifs. La modernisation de l’axe Bruxelles-Luxembourg constitue un projet majeur pour la Wallonie, mais aussi pour le système ferroviaire belge, comme en atteste la position du Comité de concertation de 2005. La Wallonie consent depuis 2006 à d’énormes efforts financiers sur ce projet, puisque son engagement financier avoisine les 47,1 millions d’euros (2005). Le paiement des annuités à charge de la Wallonie s’achève en 2013 et, à ce jour, la Wallonie n’a pas failli à ses obligations. Les retards accumulés et la gestion de ce projet ont conduit à la perte de moyens financiers européens et le report aggravera cette situation."

Mais la vraie question que le courrier soulève, c’est pourquoi décider ce report maintenant, alors que le nouveau plan d’investissement 2013-2025 pour le rail belge est seulement en cours d’élaboration ? "Pourquoi prendre cette décision alors qu’il n’y a, à ce stade, aucune certitude quant aux enveloppes budgétaires disponibles pour les prochains projets d’investissements wallons, comme vous le soulignez dans votre courrier ? Cela laisse-t-il entendre que des décisions ont déjà été prises au sein du groupe SNCB quant aux priorités wallonnes ?" s’interroge le ministre.

Et, si Infrabel ne plie pas, la Région wallonne utilisera une méthode plus musclée. "Face à ces constats, je vous demande instamment de revoir votre planification des travaux sur l’axe Bruxelles-Luxembourg afin de bénéficier le plus rapidement possible d’une infrastructure opérationnelle et dans un délai raisonnable. Faute d’avancée significative, je demanderai à mes services d’étudier la possibilité de suspendre les paiements non encore échus à charge de la Région wallonne", écrit encore Philippe Henry.

Ce dernier, contacté hier par "La Libre" persiste et signe par rapport au ton et au contenu de la lettre adressée à Infrabel : "Une partie de l’explication du comportement étonnant d’Infrabel réside dans la clef historique 60-40 de répartition des budgets entre le nord et le sud du pays, confie-t-il. Puisqu’il n’y a pas de projet similaire en Flandre, Infrabel ralentit les projets wallons de peur qu’on dépense trop pour la Wallonie par rapport à la Flandre L’autre élément d’explication, c’est qu’Infrabel est dans l’expectative car le nouveau plan d’investissements n’est pas encore décidé D’accord, mais je ne vois pas pourquoi il nous faudrait renégocier une décision prise dans le cadre du précédent plan d’investissements. C’était quelque chose d’acquis "

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