Belgique

L e Roi et le Premier ministre ont souligné combien, dans les circonstances actuelles, une crise politique serait inopportune et porterait un grave préjudice au bien-être économique et social des citoyens.»

En faisant dans un communiqué ce constat plein de bon sens - «gezond verstand», dirait-on au nord du pays... - à l'issue de son entrevue avec Guy Verhofstadt, Albert II a-t-il fait une faute politique en prenant fait et cause pour le gouvernement fédéral?

Pour Robert Senelle, vétéran du droit constitutionnel qui s'exprimait dans le «Laatste Nieuws» de jeudi, cela ne fait pas l'ombre d'un doute «car le Roi a clairement émis une opinion politique. Il est allé à l'encontre de ce que mon maître Achille Van Acker m'a appris: le Roi peut avoir une opinion politique mais il ne peut pas l'exprimer. Sa plus stricte neutralité s'impose car l'opposition d'aujourd'hui peut être la majorité de demain». Pour Senelle, le roi Albert II doit faire preuve de plus de prudence. Et de faire remarquer qu'il a peut-être donné trop vite aussi son soutien dans l'affaire Remmery, lorsqu'il a, à plusieurs reprises, envoyé des signaux favorables à l'entrepreneur de Ledegem et son employée Naïma Hamzil.

«Pas une potiche!»

Pas d'accord du tout avec son «honoré confrère», le sénateur Francis Delpérée...

«Mais non », s'exclame le constitutionnaliste de l'UCL, «le Roi a fait savoir, mercredi, qu'une crise serait très préjudiciable au pays. Robert Senelle estime que le Roi ne pouvait exprimer une telle opinion parce qu'elle est de nature politique... mais qu'en est-il ? Le Roi s'est exprimé avec l'accord du Premier ministre qu'il a rencontré dans la matinée. Le communiqué est d'ailleurs conjoint. En aucune manière la Couronne n'est donc découverte». Et Delpérée d'ajouter «qu'il faut rappeler, une fois de plus, que le Roi n'est pas une potiche. Il ne peut ignorer les bruits ou les menaces de crise. Il peut entendre ceux qui, dans la majorité comme dans l'opposition, disent qu'une crise, avec son cortège de discussions, d'élections et d'affaires courantes, n'arrangerait rien. Il peut faire comprendre qu'il n'acceptera pas une démission du gouvernement à ce sujet. Et du reste, les cas de refus de démission ne sont pas inhabituels. Bref, on est en présence d'un exercice normal et responsable de la fonction royale!»

Si plusieurs éditorialistes flamands ont eux aussi déploré la teneur du communiqué commun, le ministre-Président flamand, Yves Leterme (CD&V), s'est contenté de «marquer son étonnement». En fait les réactions les plus dures sont venues du côté de l'extrême droite flamande, qui y a surtout vu un soutien aux partis... francophones. Il faut dire que depuis quelques jours, le Vlaams Belang laissait aussi entendre que le Palais aurait mis le CD&V sous pression afin d'éviter une crise ouverte sur BHV.

Si le Palais ne réagira pas à la polémique, on peut décrypter cette nouvelle polémique comme un nouveau ballon d'essai pour une réduction des pouvoirs royaux et l'avènement d'une monarchie de plus en plus protocolaire, à la scandinave, faute de pouvoir l'envoyer à l'échafaud. Ce n'est pas un hasard si elle (re)démarre en Flandre, où la monarchie est considérée dans les milieux ultras comme une empêcheuse de diviser en rond le pays. Pour Guy Verhofstadt, il n'y a, en tout cas, pas de polémique, vu qu'il a couvert le communiqué...

© La Libre Belgique 2005