Belgique

Certains ont cru y voir le signe évident que le chef de l'Etat était acquis à l'idée que seul le confédéralisme sauverait la Belgique. C'est évidemment aller un peu vite en besogne. Mais le fait mérite d'être signalé : avant de recevoir, comme il est de tradition en cas de crise politique, l'ensemble des présidents de partis, le roi Albert II a reçu en audience les présidents des quatre entités fédérées : Kris Peeters (Région flamande) Rudy Demotte (Région wallonne et Communauté française), Charles Picqué (Région de Bruxelles capitale) et Karl-Heinz Lambert (Communauté germanophone). Ce n'était pas un hasard. Car la veille, venu présenter au Roi sa démission (une décision qu'il a prise seul, avertissant ses vice-premiers d'un simple SMS), Yves Leterme avait très longuement évoqué les pistes qu'il avait suggérées pour tenter d'éviter la crise politique dans laquelle son propre parti, le CD&V et la N-VA l'a précipité. Il avait donc imaginé d'associer les entités fédérées à la réforme en jetant les bases d'un dialogue de Communauté à Communauté. Mais très vite, l'idée était recalée par les plus radicaux du parti d'Yves Leterme qui voyaient, dans cette stratégie, un enterrement de première classe d'une réforme de l'Etat ambitieuse qu'ils avaient promise à leurs électeurs.

L'entretien nocturne entre le Roi et Yves Leterme a duré plus de 4 heures. Le Premier ministre est ressorti du Palais vers 3 heures du matin, après avoir été rejoint par le président de la Chambre, Herman Van Rompuy et les deux ministres des Réformes institutionnelles : Didier Reynders et Jo Vandeurzen.

Ce mercredi, le Roi poursuivra ses consultations en recevant, notamment, les présidents des partis démocratiques de la majorité et de l'opposition. Jeudi, il aura encore d'autres entretiens. Ce n'est qu'au terme de ces rencontres que le chef de l'Etat prendra une initiative : soit relancer Yves Leterme, soit attendre que les partis lui suggèrent un autre Premier ministre, soit confier à deux personnalités le soin de l'éclairer plus avant.

Comme il fallait s'y attendre, passé le moment de stupeur et d'étonnement, les partis politiques ont passé la journée de mardi à réunir leurs instances et à conforter leurs positions.

Pas de surprise, les partis flamands ont globalement rejeté la responsabilité de la crise sur le dos des partis francophones qui, disent-ils, s'entêtent à refuser toute nouvelle réforme de l'Etat, toute modification de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Ils n'acceptent pas la "dictature de la minorité" comme l'a précisé Bart De Wever (N-VA).

Les francophones ont, au contraire, redit leur disponibilité à ouvrir un dialogue institutionnel équilibré, même lancé à partir des entités fédérées, pour autant que l'on associe toutes les composantes de l'Etat belge (donc y compris Bruxelles) et pour autant que le fédéral ait également son mot à dire. Pour les partis du sud du pays, les principaux responsables de la démission d'Yves Leterme sont à chercher au sein même de son propre parti et de son allié séparatiste, la N-VA, qui n'envisagent qu'une réforme possible : celle qu'ils ont concoctée.

Pour les Flamands, l'initiative doit revenir aux partis francophones. Un appel que les francophones ont gentiment mais fermement rejeté.

Tout paraît à nouveau bloqué. Mais la journée de mardi était surtout une journée de musculation et de mise au point. En coulisse, les gens se parlent et élaborent des possibilités de sortie de crise. La difficulté est que les problèmes de parti et de personnes priment parfois sur l'intérêt supérieur de la Nation ou des citoyens qui la composent...