Belgique

Les Pays-Bas vont mettre la main sur un lopin de terre belge. Et le roi Philippe sera aux premières loges, ce lundi, pour y assister. Pas de panique ! Tout cela s’opère dans la plus parfaite harmonie entre les deux Etats et témoigne, selon le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders (MR), de "l’excellence des relations belgo-néerlandaises". C’est "la preuve que des frontières peuvent être modifiées de manière pacifique".

M. Reynders et son homologue Bert Koenders signeront ce lundi midi, à Amsterdam, un traité sur la "correction des frontières" entre les deux Royaumes. La modification s’opérera à hauteur des villes néerlandaises de Maastricht et Eijsden-Margraten, et de la ville belge de Visé.

La frontière actuelle a été fixée en 1843 sur base du tracé sillonnant de la Meuse, en suivant son point le plus profond. En 1961, il avait été décidé de redresser le lit du fleuve pour y faciliter la navigation. Des terres belges se sont ainsi retrouvées du côté néerlandais du cours d’eau, et vice versa, sans possibilité d’y accéder par voie terrestre. L’opération avait été effectuée dans le cadre de travaux d’envergure, entre 1962 et 1980, visant à améliorer la jonction entre le canal Albert et le canal Juliana.

© IPM

Réouverture du débat en 2012

Une première tentative de correction des frontières avait été entreprise dans les années 80, mais sans succès. A l’époque, José Happart (PS), l’homme fort des Fourons, s’y était opposé. L’ouvrage a été remis sur le métier diplomatique en février 2012 à l’initiative des Pays-Bas. Les négociations ont abouti à la signature d’un protocole d’accord en juin 2016. Il a fallu dégager des consensus en matière de protection de la nature, d’aménagement du territoire et de gestion des eaux.

La signature du traité aura donc lieu ce lundi dans la capitale néerlandaise. La modification des frontières sera effective le 1er janvier de l’année qui suit la ratification du traité par les deux parlements nationaux (sans doute pas avant le 1er janvier 2018).

La Belgique recevra alors trois hectares des Pays-Bas, mais elle leur en cédera quatorze (une réserve naturelle). "Oh, on pourra toujours dire qu’on hérite des trois plus beaux hectares néerlandais parce qu’on y trouve une végétation très diversifiée avec plus de 200 espèces différentes", sourit Marcel Neven, le bourgmestre MR de la commune de Visé, qui sera présent à la signature du traité. "Mais l’important n’est pas là. Ce qu’il faut souligner, c’est qu’aujourd’hui, en Europe, on est capable de réaliser une modification de frontières sans avoir recours aux armes. Cela m’a même valu d’être contacté par des personnes venant d’Ukraine" (dont les frontières sont contestées par une rébellion), conclut-il.