Belgique

Le débat qu'organisait mardi la Commission de l'Intérieur du Sénat sur la délinquance juvénile dans les grandes villes s'est essentiellement focalisé sur l'intégration des personnes étrangères ou d'origine étrangère.

Partant de son expérience de bourgmestre de Molenbeek-St-Jean, Philippe Moureaux (PS) a indiqué qu'avec entre 25 et 30% de personnes précarisées, on pouvait parler dans sa commune de «terreau difficile ».

Près d'un tiers de la population active est au chômage; 2.891 personnes bénéficient du revenu d'intégration, 1.106 personnes étrangères bénéficiant d'un revenu équivalent. Molenbeek compte 80.000 habitants. Il y a 60.000 Belges dont de nombreux naturalisés d'origine marocaine et «quelques milliers de personnes en dehors des registres officiels », a-t-il rappelé.

Le sénateur-bourgmestre a indiqué comment il avait réussi à améliorer la sécurité, mettant fin notamment à certaines zones de non-droit. Des relations excellentes entre l'associatif et les pouvoirs publics, la réforme des polices, mais aussi un corps municipal de 80 gardiens d'espace public (que le président du PS Elio Di Rupo voudrait voir généralisés sous la forme de gardiens de la paix) ont permis de changer les choses.

Sur le court terme, il faut pouvoir sortir de la société les coupables d'actes graves, pendant un certain temps, a dit Philippe Moureaux. Sur le long terme, il faudra réfléchir à résorber le chômage et refinancer l'enseignement en Communauté française, a-t-il précisé.

Philippe Moureaux a également prôné le dialogue avec l'islam. «Ce qui me vaut une popularité en Flandre », a-t-il ironisé. Un bon contact avec les 13 mosquées de Molenbeek permet d'avancer dans les moments difficiles, a-t-il dit, soulignant la «totale méconnaissance du monde musulman par les pouvoirs publics ». Et d'inviter les politiques et les médias à «cesser de croire qu'il ne s'agit que d'un bloc ».

Philippe Moureaux s'est également demandé si le gouvernement était prêt à mettre moins de moyens dans certains domaines et à en faire plus en matière de sécurité, tant sur le plan de la prévention que de la répression. A cela, le sénateur MR Alain Destexhe a rétorqué qu'en Commmunauté française en tout cas, plus qu'une question de financement le problème se situait au niveau de l'organisation de l'aide à la jeunesse.

Le sénateur Marc Van Peel (CD&V), échevin à Anvers, a vu beaucoup de similitudes entre la situation à Molenbeek et celle vécue dans la métropole. Il a indiqué mardi que les médias néerlandophones feraient bien d'entendre le discours pragmatique du bourgmestre bruxellois.

Cela étant dit, Marc Van Peel a analysé mardi la politique de sécurité sous l'angle communautaire. Il y a deux opinions publiques divergentes, la francophone et la néerlandophone, relayées par deux paysages politiques, a dit le sénateur CD&V.

Or, en Flandre, il existe un parti d'extrême droite très fort, le Vlaams Belang. Et chaque fois qu'un parti néerlandophone démocratique soulève une proposition qui dépasse le politiquement correct, il essuie les critiques francophones qui lui reprochent de suivre l'extrême droite, a dit Marc Van Peel selon qui ce genre de raisonnement conduit en Flandre à demander une régionalisation des compétences. C'est le cas pour la protection de la jeunesse, pour le regroupement familial, pour la «snel Belg wet » (loi de naturalisation), a-t-il rappelé.

Alain Destexhe (MR) a également critiqué une certaine attitude francophone à qualifier de «dérive sécuritaire » faisant le jeu de l'extrême droite une série de questions dont celles de «la relation entre l'insécurité et l'immigration ». Selon le sénateur libéral, «il est un peu court de ramener à la seule question sociale » ce type de phénomène. «Il faut s'interroger sur l'ensemble des facteurs, les conditions de vie mais aussi le degré d'intégration », a-t-il dit s'en prenant notamment au laxisme de l'Etat vis-à-vis des personnes en situation illégale.

Le sp.a-Spirit a évoqué l'importance de l'éducation. Fauzaya Talhaoui a indiqué que beaucoup de parents d'origine étrangère avaient laissé tomber l'éducation de leurs enfants, s'en remettant entre les mains de l'Etat, car ils ne pouvaient plus les éduquer selon les règles qui prévalaient dans leur pays d'origine. Mimount Bousakla a beaucoup insisté sur le contrôle social, soulignant que dans bon nombre de familles d'origine étrangère ce contrôle existait encore vis-à-vis des filles mais plus vis-à-vis des garçons.

Enfin, à l'instar de ce qu'a demandé lundi la ministre de la Justice Laurette Onkelinx, le sénateur Francis Delperée (cdH) a lui aussi plaidé en faveur d'une refédéralisation de l'aide à la jeunesse, un débat qui sera très certainement à l'ordre du jour de la négociation communautaire de 2007, a-t-il dit. Le sénateur cdH a également souhaité une révision du financement des zones de police «par une norme KUL adaptée à la situation des communes ».

Le VLD ne s'est pas exprimé dans ce débat. Enfin, le ministre de l'Intérieur Patrick Dewael était empêché. La discussion devrait se poursuivre un autre jour en présence des ministres Laurette Onkelinx et Patrick Dewael.