Belgique

L’ on aurait pu penser que le vote de la résolution contre le Pape à la Chambre qui a été largement médiatisé aurait satisfait définitivement le monde politique dans sa détermination à condamner les propos de Benoît XVI sur le préservatif et le sida. Il n’en est visiblement rien ! En effet, une proposition de résolution a également été déposée au Sénat.

Présentée par la gynécologue et sénatrice SP.A, Marleen Temmerman et cosignée par Christine Defraigne (MR), Patrik Vankrunkelsven (Open VLD) Olga Zrihen (PS), Josy Dubié (Ecolo) et Freya Piryns (Groen !), le texte rappelle la proposition des partis arc-en-ciel à la Chambre mais en en rajoutant une couche, si l’on ose dire, puisque dans les développements les signataires sont encore plus critiques pour le Pape. Sans tenir le moins du monde compte de la version officielle et complète des propos de Benoît XVI pourtant largement diffusée par le Vatican, le texte qui ne fait pas dans la dentelle affirme que "les déclarations du Pape montrent qu’il n’a pas conscience du problème".

"Crime contre l’humanité" ?

Plus fort encore : "Déclarer en tant que chef religieux mondial que l’utilisation de préservatifs aggrave l’épidémie de sida doit donc être assimilé à un crime contre l’humanité" . Comme cet exposé des motifs n’est pas amendable, il serait très étonnant que le CDH et le CD&V soient aussi disposés que leurs collègues de la Chambre à se mettre d’accord sur une résolution "light", entendez : moins agressive. Wouter Beke (CD&V) a du reste déjà donné le ton : "Le sens de cette résolution est de faire du show et de diaboliser et de stigmatiser les croyants".

Et son collègue chrétien-démocrate Pol Van den Driessche qui a, rappelons-le, condamné déjà publiquement les propos papaux, parle lui d’une présentation "absurde et d’un crime contre l’intelligence". Le sénateur brugeois va plus loin : "Mettre les déclarations papales sur le même pied que la Shoah, le génocide du Rwanda ou en ex-Yougoslavie est intellectuellement malhonnête".

"Je ne suis pas croyant "

Nous avons également réinterpellé le président du Sénat qui dans nos éditions de lundi ne cachait pas son opposition au vote de la résolution par la Chambre. Armand De Decker persiste et signe : "Il est vraiment important de maintenir la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Je trouve que c’est particulièrement dangereux que le temporel se mette à juger le spirituel. Je maintiens dès lors mon opposition à ce type de démarche. Et je tiens à ajouter deux choses : je ne suis pas croyant; par ailleurs, comme ministre de la Coopération au développement, j’ai triplé le budget pour la lutte antisida en Afrique. J’ai donc fait envoyer des milliers de préservatifs en Afrique "

Faut-il dès lors rejeter purement et simplement la proposition de résolution ? "Je dirais simplement qu’il n’est pas de notre compétence de juger un chef spirituel".

Patrik Vankrunkelsven (Open VLD), au nom des signataires, ne semble cependant pas prêt à revenir en arrière et défend le texte intégralement, en ce inclus les développements : "Des milliers de gens font d’énormes efforts pour faire reconnaître l’utilité du préservatif. Qu’un leader spirituel puisse se permettre de remettre ce travail en cause est tout simplement criminel".

Du côté de l’Eglise catholique, on n’a pas voulu commenter cette nouvelle péripétie en ce début de Semaine sainte, dans un souci d’observer une certaine trêve pascale.