Belgique

Le dîner qui rassemblait, samedi à Berchem, quelques centaines de nostalgiques du régime nazi n'avait rien d'une improvisation. C'est que le Sint-Maartensfonds, à l'origine de l'initiative, y fêtait son 50e anniversaire. En 1951, cette amicale d'entraide au profit d'anciens combattants du front de l'Est, d'ex-Waffen SS et de leurs familles s'appelait le Vlaams Verbond, obligé de se dissoudre l'année suivante en raison de problèmes judiciaires.

«CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES»

En 1953, l'association renaissait sous le nom de Sint-Maartensfonds. «Il y a quelques circonstances atténuantes à la création d'un tel fonds de soutien»

Expose Manuel Abramowicz, animateur du site Internet RésistanceS. «La répression généralisée a privé les collaborateurs de leurs droits politiques et civils, mais aussi de leurs droits sociaux. Des familles, y compris des enfants qui ne pouvaient être tenus responsables des actes de leurs parents, se sont retrouvées sans le sou. Cela a généré des frustrations.»

Il reste que le Sint-Maartensfonds, au départ censé venir en aide aux familles des collaborateurs en recueillant des fonds, n'en est pas resté là. «En Belgique, c'est aujourd'hui l'organisation la plus importante d'anciens combattants du front de l'Est, qui fédère toute une série de sous-groupes», prolonge Abramowicz.

Le Sint-Maartenfonds, très bien organisé, a des ramifications partout en Flandre. Il est divisé en 7 sections: Aalst, Antwerpen, Kempen-Limburg, Mechelen, Waasland, Westland et la section bruxelloise. Celle-ci est en fait une asbl dénommée «VZW Hertog Jan Van Brabant», qui publie un magazine du même nom.

Branchée sur le passé, l'association entretient le contact avec les «anciens» : chaque décès est fidèlement rapporté dans «Berkenkruis» (nom de la croix déposée sur les tombes des SS morts sur le front russe), le mensuel du Sint-Maartensfonds. Des articles historiques rappellent les «combats héroïques». «L'idéal politique de l'époque perdure. Ces gens soutiennent ceux qui continuent le combat», dit encore l'animateur de RésistanceS.

Une illustration? «Il suffit de lire leurs publications comme «Berkenkruis», explique l'historien flamand Dirk Martin (voir par ailleurs sur cette page). Il ne faut pas chercher longtemps pour savoir où ils sont. Comme tels, ils n'ont jamais vraiment fait du militantisme à l'extérieur, mais ils apparaissent étroitement liés avec des cercles d'anciens Waffen-SS (les «troupes d'élite» du Reich, NdlR) ou d'anciens du Vlaams Nationaal Verbond (qui opta pour la collaboration pendant la guerre, NdlR).»«Ils ont aussi eu des contacts avec la milice du Vlaamse Militanten Orde (VMO), qui faisait leur service d'ordre. Ils organisent régulièrement des grandes fêtes païennes et disent qu'ils veulent actuellement un Etat flamand dans une Europe puissante.»

En épluchant la littérature du Fonds, le chercheur y a trouvé des articles aux titres éclairants comme «Merci à la collaboration!» et aux contenus tout aussi explicites. En rendant, par exemple, hommage à Wim Maes, ancien chef du VMO mort en 1968, ses camarades le présentent comme un «militant de la race pure». Sans davantage d'ambiguïté, un autre texte soutient que «le positif de l'Ordre nouveau est énormément plus grand que les quelques petites fautes de ce régime». A noter que ce dernier extrait figure dans le numéro de janvier 1980 du bulletin de la section limbourgeoise du mouvement. Celle-là même à laquelle le ministre Sauwens dit appartenir depuis 25 ans.

DITHYRAMBIQUE SUR HITLER

Un autre exemple? En avril 89, le numéro de «Berkenkruis» était tout entier consacré au 100e

anniversaire de la naissance d'Adolphe Hitler.

«Cette amicale d'anciens combattants ne renie rien du tout du national-socialisme et de l'Allemagne nazie», explique Alain Colignon, assistant au Centre d'étude sur la guerre et les sociétés contemporaines. «Ces gens sont très proches et très impliqués dans l'extrême droite. Ce petit monde reste toujours fidèle à l'amnistie et sympathisant des victimes de la répression. Mais ils attirent de jeunes éléments qui n'ont pas connu la guerre.»

Quant à la présence de Johan Sauwens, samedi à Berchem, «on ne peut pas dire qu'il était là fortuitement: il cotisait depuis 25 ans au Sint-Maartensfonds».

© La Libre Belgique 2001