Belgique

Françoise Dupuis ne laisse personne indifférent : sèche, parfois caustique, intraitable dans bien des cas, elle est capable en quelques mots de faire éclater la rage des personnalités les moins à fleur de peau. Une réputation qui la précède et se trouve largement commentée dans le monde politique bruxellois. D’aucuns craignaient déjà l’arrivée de la socialiste uccloise à la présidence du Parlement bruxellois au lendemain des élections régionales de juin 2009. Confirmation : son ton, son style, sa manière très personnelle de diriger les débats parlementaires ont poussé, il y a quelque temps, les groupes de la majorité à s’en plaindre auprès du gouvernement régional. C’est à l’occasion de la dernière réunion informelle entre l’équipe Picqué et les chefs de groupes de la majorité que la question de la présidence du Parlement exercée par Françoise Dupuis fut évoquée.

Que lui reproche-t-on ? "Tout le monde a dit au gouvernement : "C’est épouvantable, ça ne marche pas " Elle dirige son assemblée comme une maîtresse d’école", confie un député de la majorité. La comparaison est récurrente, Françoise Dupuis est issue du monde enseignant. Au Parlement régional, les anecdotes sont nombreuses, mais l’on se rappelle souvent cette phrase adressée à Pierre Migisha (CDH) : "J’espère que votre intervention aura une valeur ajoutée" , alors qu’il était le premier député à s’exprimer sur le sujet du jour. Dans la même veine, le MR Vincent De Wolf s’est vu infliger un : "Vous pouvez intervenir mais que ce soit pour élever le débat" , se rappelle l’intéressé. "C’est complètement dingue, on ne parle pas comme cela à un député, on ne peut pas préjuger de ce qu’il va dire" , s’indigne encore un élu régional bruxellois de la majorité.

Françoise Dupuis est également beaucoup trop à cheval sur le règlement, selon de nombreux témoignages. Notamment en ce qui concerne le temps de parole dont elle rappelle les limites à l’envi, que ce soit aux députés ou aux ministres qui répondent aux interpellations. Ce faisant, elle nuit quelque peu la vitalité des débats, fait-on savoir. "Il faut faire vivre une assemblée" , préconise un député. Elle a également pris pour habitude de corriger les questions écrites des parlementaires. Sans doute a-t-elle raison de le faire puisque la prose des questions est également soumise à certaines règles que les parlementaires ne respectent pas toujours. "On n’interroge par exemple pas le gouvernement sur ses intentions" , explique-t-on. "Mais elle modifie les questions sans en parler avec le député concerné avant de les envoyer" , confie l’un d’entre eux. Cela agace nombre de membres de l’assemblée. "La présidente a sa façon de faire, différente des présidents précédents, on aime ou on n’aime pas , tempère un autre député de la majorité. La présidence à une grande latitude d’interprétation du règlement. Elle s’autorise des commentaires, c’est son style, il faut faire avec "

Le vice-président MR (opposition) de l’assemblée Vincent De Wolf est beaucoup moins tendre. Il affirme par exemple avoir été traité de "fou" à l’occasion d’un bureau élargi. "Disons qu’elle traite le Parlement comme si elle avait autorité de manière disciplinaire , explique-t-il. Elle abuse de son autorité, elle essaye de passer en force." Ainsi le libéral se plaint-il de ne pas recevoir les avis du greffe qui motivent certaines décisions du bureau du Parlement, l’instance qui dirige et organise l’assemblée. "Ça doit être le seul Parlement au monde ou cela se passe comme cela" , confie-il. Et d’ajouter que les 16 propositions d’ordonnance déposées par son parti entre septembre 2009 et décembre 2010 n’ont pas encore été mises à l’ordre du jour. "Elles sont bloquées , affirme-t-il. Je ne dis pas que Mme Dupuis a une attitude partisane, mais elle ne donne pas l’impression d’être impartiale." A ses yeux, cela suffit à poser problème.

Françoise Dupuis ne souhaite pas s’étendre sur les griefs de Vincent De Wolf, qu’elle juge "fantaisistes" . Pour le reste, la présidente du Parlement confie pour sa part ne jamais avoir été critiquée de la sorte. " Je mène les choses avec rigueur, ça, c’est vrai, dit-elle. Mais il est normal que l’on observe un certain nombre de procédures. La situation n’est pas très facile. Il n’y a pas des tonnes de projets du gouvernement et comme nous sommes au centre de beaucoup de choses on est tenté de tout discuter, ce qui n’est pas toujours possible. Il y a un nombre incalculable d’interpellations et de propositions mais elles ne se placent pas toutes dans le cadre des compétences de la région."