Belgique

Qui succédera à Jean-Claude Van Cauwenberghe? Cette question appartient à un homme: Elio Di Rupo. Il prendra la décision ce week-end ou lundi au plus tard. Seul.

Une chose est sûre: il ne prendra ni un homme de paille ni un inconnu du grand public. Di Rupo s'est trop impliqué dans le redressement wallon. Au moment même où le plan Marshall - son plan Marshall - doit prendre son envol et surtout convaincre les Wallons, il est pour ainsi dire contraint et forcé de mettre à la tête de l'exécutif régional un gros calibre, une pointure.

Le problème, c'est qu'au PS, ces hommes d'envergure sont plutôt rares. D'ailleurs, s'il en avait eu un à sa disposition en juillet 2004, Di Rupo n'aurait sans doute pas laissé Van Cau rempiler à la présidence du gouvernement wallon.Alors qui? Un scénario circule, surtout auprès des jeunes militants qui sont précisément venus au PS pour son président: Di Rupo prend lui-même la tête du gouvernement wallon tout en restant président du parti, au moins jusqu'aux élections communales d'octobre 2006. Cette hypothèse aurait été impensable il y a peu. Mais Didier Reynders, tout à la fois vice-premier fédéral et président du MR, a montré que ce cumul était possible. Et Di Rupo doit penser que ce qui est possible pour Reynders doit l'être pour lui aussi.Mais le scénario présente de sérieux handicaps. D'abord, Di Rupo ne pourrait probablement pas, en plus de la charge supplémentaire qu'il s'imposerait, rester bourgmestre de Mons. Or c'est un mandat qu'il affectionne. D'autre part, le Montois a déjà été ministre-Président wallon. Et en politique, cela ne se fait pas d'occuper une seconde fois le même poste après avoir été investi d'un autre mandat. Ou alors, on perd un peu de sa grandeur. Et puis, Di Rupo, c'est un Hennuyer. Encore. Depuis le début des années 90, Spitaels, Collignon, Di Rupo (déjà) et Van Cau se sont succédé à la fonction. Dans cette série, seul Collignon n'est pas hennuyer. Or, au PS, on fait toujours très attention à l'équilibre géographique.

Marcourt dans le casting

Avant de s'auto-proclamer ministre-Président, Elio Di Rupo sera donc sans doute tenté de trouver parmi les siens quelqu'un qui puisse faire autorité. Deux noms avaient été cités avant que le président du PS ne confirme Van Cau comme Premier wallon: celui de Marie Arena et celui de Rudy Demotte. Mais la première ne fait sans doute plus partie du casting depuis que l'affaire qui porte son nom a éclaté et le second s'est rendu indispensable dans son rôle de ministre des Affaires sociales, parvenant à contenir les velléités flamandes de scinder les soins de santé - un exploit - et s'impliquant désormais à fond - un calvaire - dans le débat sur le financement de la Sécu. Du reste, ce sont encore des Hennuyers.

Un autre nom se susurre: celui de Jean-Claude Marcourt. Cet homme est un fin technicien, un homme de dossiers. Il manque de charisme, certes, mais au moins son image est sans tache. Il a pour lui l'avantage de la nouveauté. Du reste, ce n'est pas un Hennuyer. C'est un Liégeois. Et le PS liégeois attend son heure. Mais ce scénario-là aurait des conséquences en chaîne sur tout le gouvernement. Car le vice-Premier PS du gouvernement wallon, c'est Michel Daerden, un autre Liégeois. Et là, cela ferait beaucoup.

© La Libre Belgique 2005