Belgique A la prison de Forest, ils sont à quatre dans les cellules 834, 835, 836, 837. Si on met une lettre dans la boîte de la commission (de surveillance des prisons, NdlR), on se met les matons à dos. On retrouve le Nescafé sur du sel et des choses comme ça…"

Ce message est arrivé lundi dans la boîte aux lettres de la section belge de l’Observatoire international des prisons (OIP), une organisation qui réunit des avocats, criminologues, magistrats, citoyens… soucieux du respect des droits humains dans les différents lieux de détention. S’il est clairement militant, l’Observatoire international des prisons joue "un rôle unique de vigilance et d’alerte, essentiel dans une société démocratique", souligne Françoise Tulkens, ancienne juge et vice-présidente de la Cour européenne des droits de l’homme, dans la préface de la notice 2013 de l’état du système carcéral belge.

Un rapport accablant, qui pointe plus de 80 problématiques qui cancérisent les prisons belges, au premier rang desquelles la surpopulation carcérale, en constante inflation. "Actuellement, les prisons belges comptent quelque 12 000 détenus et leur nombre a augmenté de 7 % en 2012", détaille Juliette Moreau, présidente de la section belge de l’OIP. "On a augmenté le parc carcéral de 50 % en 30 ans, mais on compte sur cette période 80 % de détenus en plus." Plus de 35 % des détenus sont incarcérés de manière préventive, soit avant même d’avoir été jugés.

Les détenus subissent des conditions de plus en plus dégradées ; les établissements pénitentiaires sont de plus en plus vétustes. "Les prisons explosent ; les détenus explosent", résume Juliette Moreau.

Pas mieux, plus grave…

Cinq ans plus tôt, l’OIP dénonçait la surpopulation galopante, les conditions de détention déplorables, le non-respect des normes d’hygiène et de santé élémentaires, la violence carcérale, les suicides, les conditions de détention "dramatiques" des internés, le détournement des normes législatives au profit d’une application "ultra-sécuritaire", l’absence de mise en œuvre du plan de détention prévu par la loi Dupont (la loi de principes votée en 2005), le refus d’instaurer un service minimum garanti en cas de grève des gardiens.

La situation ne s’est nullement améliorée cinq ans plus tard. A l’inverse, elle s’est encore aggravée. La cour d’appel de Bruxelles a elle-même qualifié la détention à Forest de traitement inhumain et dégradant au regard de la Convention européenne des droits de l’homme, rappelle la présidente de la section belge de l’OIP.

Au long de son volumineux rapport 2013, l’OIP décrit des incidents plus déplorables encore qu’auparavant, des situations absurdes, des réponses irréfléchies, "une politique de l’émocratie".

"Une ministre sourde"

En filigrane, l’Observatoire des prisons dresse un réquisitoire en règle contre la politique pénitentiaire belge, et singulièrement, contre Annemie Turtelboom, ministre Open VLD de la Justice ; Annemie Turtelboom, à qui on reproche un manque de dialogue avec les différents acteurs du monde carcéral. "Elle reste sourde aux avertissements qui lui sont lancés et s’entête dans une politique de l’immédiateté, refusant de s’attaquer aux problèmes de fond", ajoute l’OIP.

Des mesures sont prises, toujours plus sécuritaires, toujours moins insérantes, sans vision à long terme. "La ministre rejette en bloc toutes les recommandations. La situation est grave. La condamnation de la Belgique à plusieurs reprises par diverses instances internationales, comme la Cour européenne des droits de l’homme, n’a aucun effet sur la politique belge en matière carcérale."

Le "Masterplan" de construction de nouvelles prisons prétend à une infrastructure plus humaine, "mais on se précipite vers une déshumanisation de la détention, faisant des détenus des êtres marginalisés, totalement incapables de retrouver une place au sein de la société". Sombre tableau.