Le véritable assassin de Julien Lahaut ?

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Belgique

Cinquante-sept ans après l'assassinat du président du Parti communiste, Julien Lahaut, sur le pas de sa porte à Seraing, l'identité du véritable tueur est, peut-être en passe d'être révélée. C'est ce qu'annonçait mardi "De Morgen" qui a pu prendre connaissance d'un reportage du magazine "Keerpunt" que diffusera Canvas, la seconde chaîne de la VRT, le 17 décembre prochain...

Notre consoeur Ria Van Alboom et le réalisateur Philippe Ghyselbrecht ont, en effet, rencontré un citoyen très âgé de Hal qui leur a révélé que c'était lui et non François Goossens, le leader d'un commando ultra-léopoldiste, proche de l'extrême droite qui aurait abattu le chef de file du PCB parce que celui-ci, dans la foulée de son collègue Georges Glineur, avait lancé "Vive la république !" lors de la prestation de serment du prince royal Baudouin le 11 août 1950.

Le voile serait-il dès lors définitivement levé sur l'assassinat politique dont l'enquête judiciaire a été close en fait dès 1972 par la justice liégeoise ? A vrai dire, l'on sait pratiquement tout du dossier, en ce compris la composition du commando, depuis 1985 lorsqu'Etienne Verhoeyen (BRT) et Rudi Van Doorslaer, (historien gantois, aujourd'hui directeur du Ceges) ont publié un ouvrage très éclairant sur l'affaire et ses protagonistes.

Pour Rudi Van Doorslaer, les révélations annoncées par celui que l'on a identifié comme le fils d'un ancien bourgmestre catholique de la cité mariale tranchent toutefois avec certains éléments du dossier judiciaire qu'avait aussi consulté Vincent Van Quickenborne, très intéressé en 2003 par ce dossier au point de s'en ouvrir déjà au "Morgen" pour citer comme principal auteur de l'opération un certain François Goossens.

"Par respect pour sa famille qui nous avait aidés dans notre enquête (dont un fils qui dirigeait la base de Kleine-Brogel) nous n'avions donné que son nom de code (Adolf) bien que Goossens s'était vanté tout comme un autre militant d'avoir eu la tête de Lahaut. Comme le dernier cité était en prison le jour de l'assassinat, il ne pouvait évidemment plus entrer en ligne de compte... On a toujours cru qu'il n'y avait que 3 membres dans le commando; voilà qu'on dit qu'il y en avait 4. Ils auraient aussi utilisé deux voitures plutôt qu'une..."

Selon Van Doorslaer, "l'enquête balistique n'a jamais prouvé qu'il y avait deux tireurs. Il y a eu cinq coups de feu. Quatre ont atteint Lahaut et le dernier est parti de l'autre côté de la rue lorsque le commando s'est enfui"...

En ordre avec sa conscience ?

Mais le directeur du Ceges n'exclut pas que celui qui entend rester anonyme (et qui ne sera interviewé qu'à travers un acteur dans l'émission) ait participé à l'opération. "Il a peut-être voulu se mettre en ordre avec sa conscience." Selon le réalisateur de l'émission, "le second tueur potentiel en a eu assez de constater que le chef du réseau s'était vanté d'avoir été le seul à exécuter Lahaut. Et d'expliquer que Goossens ne l'avait entraîné dans sa folle équipée que quelques heures avant le drame" . Qui plus est, dans la voiture qui les emmenait à Seraing, les deux hommes n'étaient pas encore totalement d'accord sur le modus operandi. Dans un premier temps, François Goossens souhaitait uniquement être protégé puis ils se seraient mis d'accord pour tirer ensemble avant de changer encore d'avis.

Pour Rudi Van Doorslaer "le dossier Lahaut est vraiment le monstre du Loch Ness. Faire une commission d'enquête sur ce seul dossier n'aurait guère de sens. Mais je puis imaginer qu'on l'insère dans une vaste étude sur le rôle joué par une certaine extrême droite en Belgique avec la collaboration de certaines autorités, au moins jusqu'à la Guerre froide. Ce serait utile pour la société belge"...

Christian Laporte