Léopold Storme: une allure de gamin, un air de chérubin

Annick Hovine Publié le - Mis à jour le

Belgique Audience

On dirait un gamin. S’il a 23 ans depuis juillet, Léopold Storme a toujours l’air d’un adolescent. D’allure mince, cheveux noirs sagement coiffés, lunettes, l’étudiant accusé d’avoir assassiné son père, François-Xavier Storme, sa mère, Caroline Van Oost, et sa sœur, Carlouchka Storme, dans le quartier des Marolles en juin 2007, montre un visage extrêmement juvénile. En s’installant dans le box, il jette un bref regard dans la salle avant de river les yeux sur la présidente de la cour d’assises de Bruxelles-Capitale, Karin Gérard.

Il refuse d’être filmé ou photographié. L’accusé, qui clame son innocence depuis plus de trois ans, ne veut pas qu’on le voie dans le box, explique Me Jean-Philippe Mayence, un de ses avocats, à l’entrée de la salle. Parce qu’il espère être acquitté et poursuivre ensuite ses études incognito.

Sa voix trébuche sur les mots quand il décline son identité. "Storme. Léopold. Né à Tournai le 29 juillet - un moment d’hésitation - 1987. Étudiant. Domicilié rue B odenbroek, 14, à 1000 Bruxelles". Ce seront les seules phrases qu’il prononcera lundi, au premier jour de son procès; son interrogatoire aura lieu ce mardi.

Léopold Storme observe sans broncher la constitution du jury : sept hommes et cinq femmes devront dire, fin octobre, s’il est ou non coupable de double parricide et d’assassinat.

Sa grand-mère paternelle, son parrain et sa tante ont pris place au premier rang de la salle d’audience. L’aïeule lui adresse un petit signe; il lui répond par un sourire.

Ces trois proches parents de l’accusé, qui ont toujours assuré un soutien indéfectible à leur petit-fils et neveu, se sont constitués lundi parties civiles contre Léopold Storme. La partie civile a pour vocation de réclamer, devant le juge pénal, la réparation du dommage dont elle est victime à la suite d’une infraction; elle doit établir le lien de causalité entre le dommage et l’infraction. Jacqueline Vanneste est la mère de François-Xavier Storme, la belle-mère de Caroline Van Oost et la grand-mère de Carlouchka Storme; Anne-Frédérique Storme est la sœur de François-Xavier, la belle-sœur de Caroline, la tante et marraine de Carlouchka; Vincent Storme est le frère de François-Xavier, le beau-frère de Caroline et l’oncle de Carlouchka.

"Ils sont à ce titre tous les trois victimes des faits dont vous aurez à juger", indique Me Denis Bosquet, un de leurs conseils, aux jurés. Classiquement, poursuit-il, la partie civile aide à rapporter la charge de la preuve contre l’accusé,

Mais ici, "la grand-mère de Léopold l’a toujours soutenu, le soutient toujours et le visite quasi tous les jours à la prison", poursuit l’avocat. Sa tante et son oncle, qui se rendent régulièrement au parloir, lui assurent également un soutien indéfectible. S’ils se constituent aujourd’hui parties civiles contre Léopold Storme, c’est qu’il n’y pas d’autre possibilité légale d’être partie prenante au procès. "Cela ne signifie nullement qu’ils soutiennent la thèse de l’accusation", tient à préciser Me Bosquet. "Ils veulent pouvoir poser toutes les questions pour participer à la manifestation de la vérité. Savoir et comprendre sont les deux verbes qui seront leurs seuls guides".

On se trouve donc à l’aube d’un procès atypique, une situation étrange, où l’avocat général, Bernard Dauchot, se trouve seul, alors que d’ordinaire, les parties civiles versent de l’eau au moulin de l’accusation.

Pendant près de 5 heures, les jurés ont écouté la lecture du très long acte d’accusation (95 pages) qui détaille les crimes reprochés à Léopold Storme.

Tout est décrit sans détours. La position des corps, le buste dénudé de Carlouchka, les 100 coups de couteau au total, les lésions infligées, les mares de sang La grand-mère ferme les yeux; la tante se prend le menton dans le visage; l’oncle se tasse légèrement sur son siège. On imagine l’épreuve, pour la vieille dame en particulier.

Léopold Storme, lui, reste immobile, impassible, imperturbable. Insaisissable. On a beau scruter son visage pour y déceler une réaction, un affect, une coloration des joues. En vain. Rien. Sauf parfois une légère contraction des maxillaires. Il ne verse pas une larme, ne montre aucune émotion.

Les rares fois où son visage s’éclaire d’un large sourire, c’est quand il croise le regard de sa grand-mère, qui lui envoie des baisers depuis son banc. Le gamin assis dans le box des accusés prend soudain l’allure d’un chérubin.

L’accusé reste calme, serein, pas du tout ébranlé par la lecture de l’acte d’accusation qui étale au grand jour ses mensonges, contradictions et l’invraisemblance de ses versions successives des faits dont il s’affirme depuis le début, et invariablement, innocent.

Pour la défense du jeune homme, cet acte d’accusation sort de l’ordinaire, notamment par sa longueur. Me Pierre Huet y voit un réquisitoire anticipé, où l’accusé apparaît comme un évident coupable. "L’acte d’accusation, coloré, ne peut être votre brouillon de raisonnement", a-t-il lancé à l’adresse des jurés. "C’est un point de vue mais ce qui est important, c’est ce que vous allez entendre à partir de demain qui va vous amener à votre conviction". Au-delà des versions contradictoires de Léopold Storme, on n’y trouve pas de mobile, de motifs, de raisons qui auraient pu déclencher un tel déchaînement de violence, ajoute-t-il. "Ne lisez pas la presse, ne prenez pas pour argent comptant cette impression que ce ne peut être que lui. Demain, tout va commencer".

Précisément, ce mardi, la cour d’assises de Bruxelles-Capitale entendra longuement le récit de l’accusé, perçu comme "un jeune homme très gentil, bien élevé, admirant ses parents, très protecteur à l’égard de sa sœur".

Quel déroulement des événements proposera-t-il ? En fin d’instruction, Léopold Storme reconnut que sa quatrième version - la dernière en date - était contestable vu des incohérences mises au jour par la reconstitution des faits. Il avait alors annoncé qu’il tenait "toute prête" une nouvelle version, qualifiée d’authentique, mais qu’il attendait soit une autre étape de la procédure, soit le procès - on y est - pour en faire part. Il en avait alors livré quelques bribes. Son rôle aurait été beaucoup plus simple que ce qu’il en a dit précédemment. Il a inventé de toutes pièces les confidences de son père à propos d’un trafic d’argent sale. La raison qui l’aurait amené à réagir "aussi sottement" (en n’appelant pas les secours lorsqu’il découvrit les corps de ses parents) aurait été que la drogue fut trouvée dans son sac.

On verra ce mardi.

Annick Hovine

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