Belgique

Les statistiques n'ont rien de rassurant. En Belgique, 98% des femmes ont déjà été victimes de harcèlement en rue. Et le problème ne cesse de croître. Féministe engagée, ex-rédac’ en chef de ELLE Belgique et fondatrice de l’asbl "Touche Pas à Ma Pote", Béa Ercolini évoque la problématique du harcèlement en rue et dans des festivals d’été, les comportements observés dans le centre de Bruxelles, et les pistes de réflexion. Béa Ercolini est l’Invitée du samedi de LaLibre.be.


Ces derniers mois ont été marqués par plusieurs incidents de harcèlement, à commencer par la dénonciation collective de plusieurs étudiantes d’une haute école bruxelloise et l’annulation d’un festival de musique en Suède après une série de viols.


Extraits de l'entretien:

Commençons par Bruxelles, y a-t-il un problème particulier dans le centre de la capitale ?

Les étudiantes qui nous ont contactés se rendent tous les jours à 100 mètres du Manneken Pis et du grand piétonnier et se font régulièrement insulter et harceler aux abords de leur école. Il y a aussi eu une agression physique, puisqu’une jeune femme a été tirée par les cheveux et poussée contre le mur sans raison particulière. Une autre étudiante a tellement peur qu’elle prend avec elle un marteau qu’elle cache dans son sac. Elles ajoutent que la police n’a pas le temps de s’occuper d’elles. Parmi les auteurs de ces comportements, il y a des junkies, des drogués, des mecs bourrés, des groupes de jeunes, des clochards...

Mais le problème de harcèlement ne se limite pas à ce quartier...

Non, justement, je ne veux pas stigmatiser les clochards, mais je ne veux pas non plus qu’on dise que cela ne vient que de populations originaires du Maghreb. C’est un problème beaucoup plus large. Notre association a récolté de très nombreux témoignages depuis cinq ans. Ceux-ci nous permettent d’observer que les plaintes proviennent d’un peu partout à Bruxelles, mais aussi du Brabant wallon, de Liège ou de la campagne... Le problème du harcèlement en rue ne se limite pas aux quartiers chauds ou difficiles, il s’est généralisé un peu partout dans le pays et dans tous les milieux. Il s'exprime différemment mais il est tout aussi cruel, épouvantable et violent. Depuis la vidéo de Sofie Peeters (NDLR: Sofie Peeters marche en jupe dans les rues de Bruxelles avec une caméra cachée et se fait allègrement insulter), la parole s’est libérée...

Les garçons qui harcèlent et sifflent en rue se justifient-ils souvent en affirmant que "c’est juste de la drague" ?

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