Belgique Des pavés ont été lancés sur une autopompe lors d’une intervention la nuit du Nouvel An. Les pompiers sont stupéfaits.

On ne s’attendait pas à autant de violence" , témoigne un pompier présent lors de l’agression d’une autopompe l a nuit du Nouvel An . "On a bossé toute la nuit. On était super bien encadrés par la police. Mais en allant à la station de métro Etangs noirs pour un sapin en feu, on n’a pas eu d’autre choix que de passer rue Piers où des jeunes nous attendaient. C’était une vraie haie de pétards, de feux d’artifice, de pavés… Ils ont réussi à briser le pare-brise. Il y a des coups sur la carrosserie, les phares et les rétroviseurs sont cassés…"

Eric Labourdette, pompier et président du secteur Zones de secours du SLFP (syndicat libre) est convaincu que c’était un "guet-apens". "Je ne sais pas si c’est un jeu, ou une provocation, mais dans nos rangs, on sent monter un vrai sentiment d’insécurité, surtout les soirs, et dans certains quartiers. On n’est pas formés à réagir face à ça."

L’incident rappelle celui qui a eu lieu le 11 novembre, après la qualification de l’équipe de football marocaine pour la Coupe du monde en Russie. Les célébrations à Bruxelles avaient alors tourné court. Des échauffourées avaient éclaté dans le centre-ville. Des pompiers appelés pour un véhicule en feu ont été pris à partie et ont dû rebrousser chemin. La police fédérale a été contrainte d’éteindre l’incendie, avec un canon à eau antiémeutes.

Un phénomène naissant

Pour Jean-Marc Nerinckx, responsable de la communication de la zone de secours Hainaut Est, ce n’est pas qu’une affaire bruxelloise. L’ensemble de grandes villes serait concerné par ces actes de violence gratuite. En Belgique et ailleurs. Le phénomène est cependant difficile à mesurer. "C’est tellement nouveau, explique M. Nerinckx , qu’il n’existe pas encore de statistiques pour en comprendre l’ampleur. On devrait commencer l’analyse de ces incidents en 2018."

Le président de la Fédération royale des corps de sapeurs-pompiers de Belgique (FRCSPB), Marc Gilbert, note une constante lors de ces agressions. "La plupart du temps, expose-t-il, elles ont lieu aux mêmes endroits." Il s’agirait souvent de quartiers défavorisés, "où les gens veulent être entendus, et ont l’impression de ne pas l’être. […] Les pouvoirs politiques sont en tort à 100 % : c’est un problème d’éducation et de prévention dans les quartiers. Brûler une voiture est un moyen d’attirer l’attention" , constate Marc Gilbert,

Eric Labourdette rebondit. "On est hypocrite, pense-t-il. Tout le monde sait qu’il y a des ‘points noirs’dans certaines villes. Qu’est-ce qu’on fait en matière de prévention ?" En 30 ans de carrière parmi les hommes du feu, le représentant syndical n’a "jamais rien vu de tel. Et on n’arrête personne, il y a des caméras partout qui quadrillent Bruxelles pourtant. Et même quand on retrouve les agresseurs, notre employeur (Siamu) ne porte presque jamais plainte". Il y a pourtant, fait-il remarquer une disposition dans le Code pénal, qui prévoit expressément des sanctions en cas d’agression envers des membres de la sécurité civile.

Le début du changement ?

Le phénomène commence cependant à être remarqué et les pompiers, à être entendus. La secrétaire d’Etat en charge de la gestion du Siamu, Cécile Jodogne (Défi) a réagi aux agressions du 11 novembre. "Le Siamu portera plainte contre X pour les dégâts provoqués et les agressions subies par les pompiers. De telles violences sont inadmissibles", a-t-elle annoncé au lendemain des faits.

Si ces cas font autant de bruit, c’est avant tout parce qu’ils étonnent, parce qu’ils choquent. Les sapeurs-pompiers ont pour mission première d’apporter leur aide à la population. La majorité des agressions qu’ils subissent sont cependant dues à des personnes sous l’influence de l’alcool, voire de drogues. Ce fut le cas de M. Labourdette, blessé en essayant de maîtriser un homme rendu violent par la boisson. Des situations comme l’ont vécu les six pompiers de l’autopompe bruxellois attaqués au Nouvel An, sont donc hors norme. Et, heureusement, fort rares.