Les acteurs oubliés de 14-18

Publié le - Mis à jour le

Belgique

B

ruxelles, mais aussi Charleroi, Lille et Berlin ont leur monument à la gloire du pigeon-soldat; à Edimbourg, les souris et les canaris sont mis en valeur comme "amis des sapeurs" et la Grande-Bretagne a fait mieux encore puisque, depuis 2004, elle a son "Animals in War Memorial" qui rappelle la contribution et le sacrifice des animaux dans les conflits du XXe siècle.

Si plus personne ne met en doute le rôle essentiel joué par les animaux au sein des armées, il n'y avait pas encore eu d'exposition soulignant de manière plurielle ce voisinage tout en dépassant le caractère anecdotique des animaux utilisés au front ou remplissant leur nécessaire office de mascotte pour relever le moral des troupes.

C'est chose faite à Bruxelles : jusqu'au 11 avril 2010, le musée royal de l'Armée accueille, en effet, "Chienne de guerre", une exposition qui revisite la Première Guerre mondiale sous des angles pour le moins originaux et méconnus. Comme le souligna dans nos colonnes son directeur Dominique Hanson - LLB du 22 septembre 2009 - le musée de l'Armée entend plus que jamais exploiter ses richesses, entendez : pièces rares et archives - en les montrant à travers des coopérations originales.

C'est chose faite grâce à une coentreprise avec la société Tempora, connue notamment pour ses expositions sur le site de Tour et Taxis dont "C'est notre Terre". Ces dernières ont souvent innové en recourant aux techniques les plus modernes, mais sans négliger pour autant les grandes archives ou les objets représentatifs. On ne change pas de formule au Cinquantenaire où l'on rend donc hommage aux chiens, aux chevaux et autres pigeons, dont on connaît le rôle qu'ils ont joué en 14-18, mais également encore en 40-45. Mais le bestiaire de l'expo va bien au-delà puisqu'on y voit aussi des poux, des puces, des rats, des moustiques et des mouches qui étaient aussi nuisibles pour les corps que pour les esprits. L'on comprend ainsi très vite pourquoi sur le front de l'Yser les soldats se cachaient le visage avec des moustiquaires. A l'inverse, les animaux rendirent d'immenses services au combat : là où il était difficile d'évaluer des distances entre ennemis, les pigeons et les chiens furent de biens utiles GPS d'avant la lettre, sachant que les premiers pouvaient accomplir un kilomètre en une minute là où il fallait deux fois autant de temps aux seconds.

L'on comprend aussi mieux l'importance des vétérinaires sur le front, mais aussi la place des maréchaux-ferrants, des selliers, des fourriers qui rendaient les animaux aptes au combat. Mais l'animal n'était pas que de la chair à canon : il était aussi un incontournable adjuvant, un remontant pour les soldats.

L'exposition qui se déploie en six espaces autour d'un vaisseau central, véritable colonne vertébrale où l'on montre comment les fonctions animalières du temps de paix se sont adaptées aux besoins du temps de guerre interpellera les visiteurs sur bien d'autres aspects. Ainsi comment les animaux s'intégrèrent dans la vie quotidienne, mais il y a aussi un chapitre passionnant sur l'iconographie de la Grande Guerre. L'on sait que la Belgique fut représentée par un lion et par un coq, mais qui la verrait donc en moineau ou en souris ! Et pourtant...

L'expo tous publics réserve une attention particulière aux enfants qui disposent d'un dossier pédagogique. De la belle ouvrage à découvrir en famille !

Christian Laporte

© La Libre Belgique 2009

Facebook

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

cover-ci

Cover-PM