Belgique

Quand l’opinion navigue obstinément contre le courant politique de l’époque. Trente-neuf pour cent des Belges demeurent en faveur d’un retour à la Belgique de papa, unitaire et sans régions ni communautés. Une majorité et une constante. C’est un des enseignements du dernier baromètre politique publié par "La Libre", cette année. Le gros du morceau, dont les intentions de votes, sera livré dans nos éditions de lundi.

1La scission ne fait pas recette. Penchons-nous sur le chapitre "L’avenir de la Belgique" de l’exercice statistique réalisé par Ipsos Social Research Institute. La Belgique unitaire a donc encore la cote auprès du panel national (2 000 personnes de plus de 18 ans) que l’institut de sondage a interrogé entre le 26 novembre et le 10 décembre. Pour autant, le statu quo par rapport à la situation institutionnelle actuelle ne recueille l’assentiment que de 13 % des sondés; 28 % se déclarant en faveur d’une Belgique aux pouvoirs régionaux et communautaires renforcés. On constate dans le même temps que la scission du pays ne fait (toujours) pas recette.

Ipsos propose, en outre, un découpage sociologique de ces statistiques. Ainsi, c’est parmi les personnes âgées de 45 à 64 ans (environ 45 %), les femmes (39 %), les couches sociales intermédiaires (40 %) et dans les grands centres urbains (45 %) que l’on trouve le gros de sondés qui souhaitent le retour vers une Belgique à l’ancienne. Ce sont surtout les plus de 65 ans, les hommes et les habitants "de petites localités" qui peuplent les 28 % de sondés qui souhaitent donner plus de pouvoirs aux régions et communautés. Taux respectifs de 34, 29 et 32 % de l’échantillon national retenu par Ipsos.

Mais c’est la répartition par régions des réponses à la question existentielle que se pose le pays qui retiendra sans doute plus l’attention. Frappante, la proximité des opinions wallonnes et bruxelloises. On y trouve 49 et 48 % de sondés favorables au retour à une Belgique unitaire. Mais aussi, respectivement, 24 et 25 % de personnes souhaitant une Belgique donnant plus de pouvoirs aux entités fédérées. Par contre, le statu quo à plus de succès à Bruxelles (12 %) qu’en Wallonie (9 %). La tendance s’inverse pour ceux qui veulent la scission du pays avec 6 % dans la capitale contre 8 % dans le sud du pays. Les sans avis forment le solde du panel.

Et en Flandre ? Sans surprise, la majorité des sondés au nord du pays (36 %) se prononcent en faveur d’un élargissement des compétences des régions et communautés, contre 16 % souhaitant la scission et donc la fin du pays. Des chiffres relativement stables de sondage en sondage et qui tranchent donc toujours avec le succès électoral de la N-VA, ouvertement en faveur de la création d’une république flamande. Un cinquième des sondés du nord estiment souhaitable un retour à la Belgique d’antan et 11 % d’entre eux sont sans avis.

2 Elections. Autre enseignement de ce baromètre : l’hostilité d’une écrasante majorité des Belges à l’égard de l’organisation de nouvelles élections comme réponse à la crise politique : 78 % des 2 000 sondés disent "Non" à un nouveau scrutin contre 12 % d’opinions favorables (10 % sont sans avis). Une moyenne constituée par des ratios relativement identiques dans les trois régions du pays, à une exception notoire : le "Oui" aux élections est moins répandu en Flandre (9 %) qu’en Wallonie (13 %) et à Bruxelles (14 %). Alors qu’on trouve respectivement 79, 80 et 77 % de personnes en âge de voter qui se disent contre de nouvelles élections.

3Premier ministre. En consultant l’infographie reprise ci-dessous, on constate qu’Elio Di Rupo est toujours le mieux placé (dans l’opinion) pour succéder à Yves Leterme au 16, rue de la Loi. Pour cause, il bénéficie toujours d’une relativement bonne image en Flandre avec 21 % d’opinions favorables (contre 55 % ne souhaitant pas le voir comme Premier ministre). Toujours au nord, le leader de la N-VA, Bart De Wever, est en tête du trio avec 37 % contre 18 % à Johan Vande Lanotte. Notons que le conciliateur royal semble plus populaire en Wallonie et à Bruxelles où 22 et 24 % des sondés le verraient bien diriger le pays. Une bonne tenue pour le socialiste flamand, d’autant plus que ce sondage a été réalisé avant que les sept partis acceptent de poursuivre les discussions sur base de sa dernière note. Sans surprise, c’est le président du PS qui emporte la palme avec 48 et 40 % en Wallonie et à Bruxelles. "Elio Di Rupo s’avère être moins impopulaire en Flandre que ne l’est Bart De Wever en Wallonie et à Bruxelles", note l’institut Ipsos. Respectivement 90 et 80 % des sondés dans les deux Régions majoritairement francophones ne souhaitent pas voir le nationaliste accéder au 16, rue de la Loi.