Belgique

Cette fois, ça y est. Qu’ils le veuillent ou non, elle a bel et bien démarré. L’épreuve dite "de fin de premier quadrimestre" pour les étudiants de première année de baccalauréat en médecine humaine vient tout juste de commencer dans les cinq universités sur les six de la Communauté française qui proposent en leur sein - en partie ou en tout - un enseignement de la discipline.

Ainsi, à l’université catholique de Louvain (UCL), ils ne sont pas moins de 942 étudiants - "de première génération" (entendez : ceux qui s’inscrivent pour la première fois) et bisseurs confondus - à s’être "lancés dans cette folle aventure". A l’université de Namur, on comptabilise 800 inscrits à cette session de janvier, tandis qu’ils sont 760 à l’université de Liège (ULg), 650 à l’université libre de Bruxelles (ULB) et 386 à l’université de Mons.

Faut-il le rappeler, cette épreuve obligatoire de janvier - une première en Communauté française, du moins sous cette forme - s’inscrit dans le cadre plus vaste de la récente réforme des études médicales par le décret du ministre de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS), "réorganisant les études du secteur de la santé".

Parmi les grands volets de cette réforme, notamment la réduction de la durée des études de base de sept à six ans. Ainsi, à raison de trois années de bachelier et de trois années de master, la formation globale des médecins diminue d’un an, sauf pour les généralistes dont la spécialisation est passée de deux à trois ans.

Parallèlement à cela, la mise en place d’une épreuve obligatoire à passer au terme du premier quadrimestre par les étudiants de première année de baccalauréat est aussi un élément crucial de cette réforme.

Objectif visé : obtenir au moins 10/20

Concrètement, il s’agit d’une épreuve à laquelle tous les étudiants de première année doivent obligatoirement participer pour être admis aux épreuves de fin d’année. Quatre matières au programme : mathématiques, physique, chimie et biologie, un ensemble de "sciences fondamentales" parfois agrémentées ici ou là par un cours de sciences humaines (anthropologie, sociologie...).

Ainsi, dorénavant, les étudiants qui obtiendront à cette épreuve une moyenne égale ou supérieure à 10/20 pourront poursuivre "normalement" leur cursus au second quadrimestre. Ceux qui obtiendront une moyenne inférieure à 10/20 passeront, quant à eux, une contrat avec le jury et auront trois possibilités : une remédiation au second quadrimestre, un étalement de la première sur deux années ou encore une réorientation vers d’autres études du secteur de la santé.

Une très large opposition estudiantine

Autant dire que cette mesure qui avait été très mal accueillie en son temps n’a toujours pas été digérée par la communauté estudiantine. Et pour preuve. Le Cium, le Comité interuniversitaire des étudiants en sciences médicales, vient de communiquer les résultats d’enquêtes menées auprès de 680 étudiants inscrits en médecine au cours des années 2011-2012 et 2012-2013. Ce travail effectué sur deux années constitue, d’après le Cium, "le plus gros sondage jamais effectué en faculté de médecine".

Ainsi, concernant cette épreuve de janvier, les résultats récoltés par le Cium révèlent que "90 % des étudiants sondés se disent totalement opposés à cette forme de sélection". Pour ces derniers, cette épreuve de janvier constitue ni plus ni moins un examen d’entrée déguisé et différé de quelques mois dans le temps. "Non seulement cela laisse planer le spectre d’une sélection à l’entrée des études, mais en plus nous craignons que cela ne diminue encore un peu plus les chances des étudiants issus de milieux moins favorisés de poursuivre leurs études en médecine", s’insurge Amandine Henry, coprésidente du Cium. Qui s’explique : "En effet, le ministre Marcourt affirme que l’étudiant busé en janvier à qui on conseillera un étalement de sa première année sur deux ans ne devra pas payer un deuxième minerval. D’accord. Mais dans les faits, nous savons tous que le coût d’une année supplémentaire à l’unif est loin de se résumer au montant du miverval. Je crains donc que cela ne dissuade ces étudiants-là".

Et la même de souligner également le degré de difficulté de l’exercice, d’autant plus élevé que la matière jadis étudiée en une année est désormais vue en un quadrimestre. "En tant que bisseuse, je suis bien placée pour le voir. Ce que l’on étudiait par le passé en un an, on le fait maintenant en quatre mois. La matière a été à peine écrémée ! C’est une injustice supplémentaire pour tous ces étudiants de première !"

Les résultats de cette épreuve seront connus dès la fin de la session d’examens, fin janvier. Il sera alors temps de faire un premier bilan sur la question.