Belgique

En participant il y a trois ans à un colloque à Metz sur les lieux de mémoire, la Fondation Auschwitz avait été interpellée sur la mise en valeur de tels sites emblématiques en Belgique. "L’on pensa automatiquement au camp de Breendonk et à la caserne Dossin à Malines, mais aussi au siège bruxellois de la Gestapo au 453 de l’avenue Louise", explique Daniel Weyssow, chargé de projets à la FA. "Le problème est que l’endroit reste peu connu en dehors du raid héroïque du pilote de la RAF Jean de Selys Longchamps qui le bombarda le 20 janvier 1943. Il siérait de faire mieux connaître ce lieu de sinistre mémoire qui abrita la Sichereitspolizei et le Sichereitsdienst (Sipo-SD) et où se retrouvèrent donc tous les cerveaux responsables de l’arrestation et de la déportation."

L’on sait moins que la Gestapo déménagea au 347 de l’avenue Louise après l’attaque tout en ayant un troisième site au 510. "C’est en réalisant un documentaire sur son père résistant qu’André Dartevelle avait découvert que des graffitis de détenus y avaient survécu aux affres du temps et des travaux divers. Conscient de l’importance de ces traces, il avait contacté le Centre guerre et sociétés contemporaines qui fit photogra phier ces traces uniques. Une plaquette en fut issue mais depuis lors, plus rien ou si peu. Existe-t-il encore des documents sur ce site au lourd passé en pertes humaines annoncées ? Est-ce qu’il y a encore d’autres graffitis ? Comment mettre en exergue ces sites ?"

La question ne peut laisser indifférents les décideurs politiques bruxellois. S’ils étaient en quête d’un lieu de mémoire pour la Région, il serait aussi tout trouvé L’idée a "percolé" et a interpellé les anciens prisonniers politiques et raciaux du Groupe mémoire cher à Arthur Haulot et André Wynen et aujourd’hui présidé par Pieter Paul Baeten. Afin de faire progresser la réflexion, la Fondation Auschwitz organise une journée d’étude autour du siège de la Gestapo. Avec un double objectif : le faire reconnaître comme lieu de mémoire et envisager comment conserver les dernières traces de la souffrance des résistants dans ce qui sont aujourd’hui des domaines privés. Cela se passera le 21 octobre à la Bibliothèque royale avec une matinée consacrée à l’historique du siège de la Gestapo et ses liens avec ses antennes et l’après-midi, l’on se focalisera sur les graffitis "belges" mais aussi sur d’autres prisons ou lieux de détention similaires notamment à Cracovie ou au fort parisien de Romainville.

Cette initiative s’inscrit dans la nouvelle politique de la Fondation Auschwitz depuis qu’à sa direction, Philippe Mesnard, professeur de littératures comparées à l’université de Clermont-Ferrand, a succédé à Yannis Thanassekos. Le nouveau directeur habite à Lille mais connaît bien la Fondation et aussi Bruxelles puisqu’il enseigne depuis 20 ans à l’Isti. C’est en fait un spécialiste de la réflexion sur la mémoire et de l’engagement des intellectuels.

"Un de nos objectifs est aussi de mettre en valeur notre fonds d’archives tout en nous rapprochant de nos voisins. C’est pourquoi nous organisons un événement et une exposition multimédias dans le quartier Marolles-Midi, proche de nos bureaux, début octobre." On aura l’occasion d’y revenir.

En même temps, la fondation a développé son site Internet et multipliera les actions pédagogiques sans négliger les recherches pointues comme les prix de la Fondation dont la cuvée 2010-2011 a récompensé jeudi soir à l’hôtel de ville de Bruxelles un doctorat de Raphaël Toledano (université de Strasbourg) sur les expériences du professeur médecin nazi Eugen Haagen et un manuscrit de Jean-Louis Rouhart sur des correspondances illégales échangées dans les camps allemands.