Belgique

C’est probablement à l’occasion des élections communales d’octobre 2012, que l’on pourra se faire l’idée la plus fidèle de la proportion de francophones dans les communes de la périphérie bruxelloise. Là, évidemment, où des listes francophones seront proposées aux électeurs. Il faut également tenir compte du fait que des francophones peuvent parfaitement voter pour des listes flamandes et inversement. Car pour rappel, le recensement linguistique n’est plus organisé en Belgique depuis la fin des années 50. A l’époque, 2 ou 300 bourgmestres flamands, selon les versions historiques, avaient refusé de distribuer le volet linguistique du questionnaire envoyé par l’Etat. On ne se déclare donc plus officiellement comme appartenant à l’une ou à l’autre communauté. Depuis, il est bien difficile d’évaluer une proportion scientifiquement satisfaisante des francophones en Flandre. Tentons toutefois l’exercice, sur base des différentes sources statistiques à disposition.

Les données les plus claires, et sans doute les plus fiables, sont celles qui sont issues du scrutin communal de 2006 (notre infographie). Des listes francophones se sont présentées dans 16 communes des 35 que compte l’arrondissement Hal-Vilvorde. Sans surprise, ce sont trois communes à facilités qui présentent le plus d’électeurs francophones : Linkebeek, Crainhem et Wezembeek-Oppem avec de 75 à 84 % de votes pour des listes francophones. Les autres, Wemmel, Rhode-Saint-Genèse et Drogenbos affichent respectivement 68, 64 et 41 %. Ailleurs, ce sont Leeuw-Saint-Pierre (21 %), Tervuren et Beersel qui abritent le plus d’électeurs francophones. En moyenne, 84,37 % des électeurs ont voté pour des listes néerlandophones dans la périphérie, hors communes à facilités. Dans ces dernières, ce chiffre tombe à 31,32 %. Plus frais sont les résultats des élections législatives de juin 2010. Les listes purement francophones (sans la liste bilingue Probruxsel) recueillent 20,9 % des suffrages dans les cantons situés dans l’arrondissement Hal-Vilvorde. Côté francophone, on évalue à 80 000 le nombre d’électeurs francophones dans ces cantons, ce qui représente au bas mot une bonne centaine de milliers d’habitants. Les estimations les plus larges font état d’une présence de 150000 francophones dans la périphérie, la vérité se trouvant sans doute à l’intérieur de cette fourchette.

Mais d’autres types de données sont parfois utilisés pour évaluer la population francophone en périphérie. Ainsi, en 2008, près de 70 % des déclarations d’impôt ont été rentrées en français dans les six communes à facilités. Pour les demandes de dossiers de pension, le chiffre retombe à 50 % pour l’année 2007.

Tous ces chiffres culminent en tous les cas au sommet d’une courbe ascendante de la présence francophone en périphérie. C’est la fameuse "tache d’huile" francophone tant regrettée en Flandre. Un récent dossier de Carrefour, une association qui traite exclusivement de la présence francophone en périphérie, fait remonter cette dernière au XIXe siècle, voire au XVIIIe siècle. Au début du siècle dernier, les recensements linguistiques donnent la mesure de la francisation en marche à l’époque. A Linkebeek, par exemple, la proportion de personnes parlant uniquement ou plus fréquemment le français était de 6,37 % en 1910. Elle montera à 16,49 % dix ans plus tard et 24,78 % en 1930. Des courbes similaires sont observées pour Crainhem, Drogenbos ou Dilbeek. Ce mouvement a évidemment accompagné la francisation de Bruxelles.

Mais aujourd’hui en Flandre, on ne parle plus de francisation de la périphérie, mais de "déflamandisation". Pour cause, un phénomène récent d’internationalisation de la population suit l’arrivée constante de Bruxellois en périphérie. Ces phénomènes ont été analysés par la Vrije Universiteit van Brussel (VUB) à la demande du gouvernement flamand en 2009 et en 2010. Que constate-t-on ? D’abord que les prix de l’immobilier, en moyenne 35 % plus élevés que dans le reste de la Flandre, ont tendance à faire fuir les jeunes ménages flamands vers le Nord ou vers le Sud du pays. Parallèlement, la périphérie continue à attirer les Bruxellois. Départ des Flamands et arrivées de Bruxellois francophones sont deux phénomènes qui ne sont pas prêts ni de s’inverser ni de ralentir, précisent les auteurs de l’étude.

S’ajoute à cela l’impact sur la périphérie de l’internationalisation de Bruxelles. Les étrangers représentent plus de 11 % de la population du Vlaamse Rand pour 5,8 sur l’ensemble de la Région flamande. Ces étrangers sont principalement originaires de l’Union européenne, des Etats-Unis et du Canada et sont installés surtout dans les communes de l’Est et du Sud-Est de la périphérie, soit Krainem, Wezembeek-Oppem, Hoilaart, Rhode-Saint-Genèse et Linkebeek.

En bref, le mélange des cultures s’accentue dans le Rand, en dépit de la politique d’homogénéisation menée par la Flandre. Celle-ci n’est pas au bout de ses peines pour imposer sa culture dans cette partie de son territoire.