Belgique

Tous les indicateurs convergent vers un même constat : les classes moyennes subissent une érosion inexorable à Bruxelles. Fin 2012 déjà, l’Institut bruxellois de statistiques (IBSA) pointait un chiffre interpellant. Alors qu’entre 1988 et 1998, la proportion de ménages contributifs à l’impôt s’était maintenue à 40 %, celle-ci a chuté à 34 % durant les dix années suivantes. Cette tendance est préoccupante à plusieurs égards. Elle tend à confirmer un accroissement de la pauvreté et met en lumière l’exode urbain auquel le monde politique assiste sans pouvoir l’arrêter.

Depuis 2003, on estime à 10 000 le nombre de ménages (souvent à deux revenus) qui quittent la capitale pour s’installer en Flandre ou en Wallonie. Dans le même temps, Bruxelles est caractérisée par un solde migratoire international positif de plus de 24 000 personnes (dont 65 % viennent de l’Union européenne). Nombre d’entre elles y trouvent l’assurance d’un emploi sans systématiquement contribuer à l’impôt en Belgique. Aucune région ne peut se permettre de se voir amputer structurellement de recettes fiscales indispensables à la poursuite de politiques visant justement à améliorer la vie en ville. Cet enjeu sera au cœur de la campagne électorale qui s’annonce.

Des chiffres défavorables

Pour l’heure, on n’entend guère que le CDH et le FDF se positionner sur cette question. Député de l’opposition FDF, Emmanuel De Bock apporte, aujourd’hui, sa contribution au débat. Il vient de boucler une étude comparative sur les revenus des Bruxellois depuis 1990. Ses conclusions, opportunément présentées comme le bilan de la majorité Olivier en place depuis 2004, sont sans appel : la population de la capitale souffre d’un différentiel de plus en plus alarmant avec les deux autres régions. Se basant sur les données statistiques issues du SPF Economie et de la Région de Bruxelles-Capitale, Emmanuel De Bock propose trois modes de calcul.

Le revenu moyen des Bruxellois est en chute libre. En 2010, le revenu moyen par habitant s’est établi à 12 593 euros. Pour 16 599 euros en Flandre et 14 763 euros en Wallonie. Les revenus bruxellois accusent une croissance sensiblement plus faible. "La Wallonie rattrape lentement son retard sur la Flandre, alors que le Bruxellois s’enfonce toujours plus, déplore Emmanuel De Bock qui constate que cette tendance s’est amplifiée durant les cinq dernières années (voir graphique). En 2010, ses revenus augmentent moins vite que l’inflation. Cette situation est catastrophique, alors que les Bruxellois doivent faire face à un prix du logement bien plus élevé qu’en Flandre et en Wallonie". Pour le député, ceci se manifeste par un déficit de pouvoir d’achat par rapport à la Flandre de plus de 4 000 euros.

Le revenu moyen par déclaration fiscale permet d’atténuer les effets du boom démographique. Malgré la croissance, ce revenu enregistre une baisse de 1,4 % entre 2001 et 2010, alors qu’il grimpait de 10 % en Wallonie et de près de 16 % en Flandre. A titre indicatif, en 2010, ce revenu était en Flandre de 21 980 euros et de 17 296 euros à Bruxelles. Le différentiel dépasse les 4 900 euros. "Le revenu moyen du déclarant, en 2010, est inférieur à celui de 2001", s’étonne le député De Bock.

Le revenu médian par déclaration fiscale est celui qui divise le groupe étudié en deux parts égales. En d’autres termes, 50 % de la population dispose de revenus supérieurs et 50 % de revenus inférieurs. A Bruxelles (avec 17 296 euros en 2009), celui-ci n’a augmenté que de 1,1 % entre 1999 et 2009, alors qu’il grimpait de 16,5 % en Flandre (21 980 euros) et de 11,2 % en Wallonie (19 265 euros). Conclusion : "Le Bruxellois s’est considérablement appauvri." "Bruxelles est entraînée dans un cercle vicieux où, plus elle s’appauvrira, moins elle rapportera d’impôt sur le travail, plus elle devra compenser en augmentant la fiscalité régionale et communale pour compenser ces pertes, estime Emmanuel De Bock. La classe moyenne contributive est de plus en plus sous pression. C’est elle qui quitte inexorablement la capitale, faisant peser l’effort sur ceux qui restent".