Belgique Malversations

La chambre du conseil de Charleroi l’a décidé hier : Georges Rovillard, l’ancien bourgmestre PS de Fontaine-l’Evêque devra répondre en correctionnelle des malversations qui lui avaient valu de séjourner en détention préventive, en 2006.

La période avait été rude pour celui qui dirigeait sa ville sans partage depuis dix-huit ans, à la tête d’une majorité absolue PS vieille, elle, de quatre-vingts ans. En octobre de cette année-là, il avait perdu cette majorité, alors que les problèmes judiciaires s’accumulaient contre lui. Quelques jours après le scrutin, il avait été inculpé par le juge d’instruction Ignacio de la Serna, et placé sous mandat d’arrêt.

L’enquête avait mis au jour diverses formes de manipulations financières, qui tenaient aux mandats que détenait l’élu. Bourgmestre de Fontaine-l’Evêque, il était aussi administrateur général de l’AWIPH, l’Agence wallonne pour l’intégration de la personne handicapée.

De mois en mois, le dossier avait pris les couleurs et le volume qu’on lui connaît aujourd’hui, avec ses 29 cartons qui évoquent des faits de détournement, d’escroquerie, de faux et d’usage de faux par fonctionnaire public. Avec aussi un moteur commun, celui de l’argent, couplé avec un amour immodéré des voyages lointains, costumés aux apparences de voyages d’études. Le Chili, la Grèce, Chypre, le Cap-Vert, figuraient parmi ses destinations favorites et il était arrivé à son épouse de l’y accompagner.

Aux yeux de l’AWIPH, il s’agissait de voyages d’étude, dont on voulait croire qu’ils informaient l’institution sur les politiques de soutien aux handicapés en vigueur dans ces contrées exotiques.

S’y ajoutaient les profits que Georges Rovillard retirait, en comptable médiocre de ses propres intérêts, de ces multiples déplacements.

Dans son réquisitoire, le parquet de Charleroi avait à l’époque relevé que le système, simple sinon élémentaire, relevait du double remboursement, déjà pratiqué jadis par d’autres caciques du PS. Lorsque l’AWIPH lui avait remboursé ses frais de voyages ou prétendus tels, Georges Rovillard les présentait une deuxième fois au remboursement à sa belle commune de Fontaine-l’Evêque.

Le système élaboré poussait très loin le souci du détail particulièrement médiocre : on a reproché à Rovillard la récolte de tickets de caisse qu’il accumulait pour s’en constituer une cagnotte réconfortante. Enfin, il se faisait rembourser certains frais de déplacement pourtant couverts par la voiture officielle avec chauffeur que lui valait sa fonction.

Georges Rovillard ne comparaîtra pas seul sur le banc des prévenus du tribunal correctionnel de Charleroi. Son épouse l’y accompagnera, comme elle l’avait parfois accompagné ailleurs dans ses déplacements.

Le secrétaire communal Michel Carlier avait également fait l’objet de perquisitions à l’époque, et il est lui aussi renvoyé en correctionnelle.

On s’était en effet interrogé sur les facilités accordées au bourgmestre, quand il avait bénéficié de ces remboursements indus. A-t-on "simplement" fermé les yeux ? Y a-t-il eu davantage ? S’est-il agi de complaisance ? Avec quel contrôle ? Le tribunal devra le dire.

Depuis, le vent politique a tourné, à Fontaine-l’Evêque. Les élections de 2006 avaient renvoyé le PS dans l’opposition, au profit d’une tripartite MR-CDH-Ecolo.

En octobre dernier, le PS est revenu au pouvoir, gommant le long épisode fâcheux de l’ère Rovillard que l’actualité judiciaire va bientôt remettre en avant.