Belgique

Les droits humains sont plus que jamais menacés à travers le monde, après une année 2015 marquée par des souffrances infligées à des millions de personnes et des mesures sécuritaires et antiterroristes draconiennes imposées par les gouvernements, alerte Amnesty International dans son rapport annuel publié mercredi. 

La Belgique n'est pas épargnée, pointe Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone de l'organisation. Les attentats ainsi que la menace terroriste ont mené le gouvernement belge à présenter des propositions de mesures "préoccupantes sur le plan des droits humains", comme le droit à la vie privée (extension des motifs pour une déchéance de nationalité, allongement du délai de garde à vue, perquisitions à tout moment lors d'enquêtes liées au terrorisme, etc.). C'est pourquoi il est nécessaire, dans un premier temps, "d'évaluer les premières mesures déjà prises avant les attentats de Paris en novembre, pour voir si ça en vaut la peine", souligne M. Hensmans.

"Le danger, c'est quand ces mesures sont inscrites dans la Constitution ou dans la durée (...) ainsi que le basculement du judiciaire vers l'administratif", avec non plus "un juge qui décide d'une éventuelle arrestation ou d'un mandat, mais un policier, sans droit à un recours, donc". Le risque, c'est qu'on finisse par utiliser ces mesures par exemple "pour des trafics de drogue ou de la fraude fiscale", avertit Amnesty. Un autre danger réside dans le fait de considérer toute personne qui a été en Syrie comme un terroriste quand elle revient. "Il faut un minimum d'examen de la situation", soutient Amnesty.

L'organisation met aussi en exergue des failles des services de renseignement. "Il faut des services capables de s'infiltrer, d'aller à l'intérieur des réseaux et détecter ce qui se prépare afin de prévenir les attentats. Et ça, ça n'est pas un commissaire en plus à Molenbeek et des équipes de policiers en plus qui vont réellement résoudre ces questions-là." Bien sûr, des mesures doivent être prises contre la radicalisation, mais cela progressera "sans doute aussi en améliorant les conditions de vie de toute une population qui se retrouve sur le côté aujourd'hui".

Le pays est aussi pointé du doigt sur sa gestion de l'afflux des réfugiés. "Le gouvernement belge s'est retrouvé devant une situation qui avait été générée par tous les gouvernements précédents", avec des moyens alloués à l'accueil successivement diminués, et pas suffisants face à un afflux comme en 2015. La Belgique avait accueilli en 2000 42.000 réfugiés, rappelle M. Hensmans, soit 4.000 à 5.000 de plus que l'an dernier, sans avoir tous ces problèmes.

"Il faut bien se rendre compte qu'un grand nombre de ces demandeurs d'asile va être reconnu comme réfugiés. Il va donc falloir trouver les ressources et la solidarité de la population."

La réponse de l'Europe en général est critiquée. "Le problème, c'est que l'Europe a continué à réfléchir en termes de frontières, et a augmenté les difficultés des réfugiés à venir, pour ralentir les flux. Mais on sait que c'est faux, que ça rend juste le voyage plus dangereux." "Aujourd'hui, nous savons qu'il va encore y avoir des milliers de réfugiés qui vont venir et qui vont y arriver. Nous avons le choix: soit on réfléchit à comment organiser cela de manière rationnelle, soit on continue", avec des radeaux qui "s'en vont chacun de leur côté comme ils peuvent, avec les morts que cela signifie". Une réflexion en profondeur est donc plus que nécessaire, plaide Amnesty.

Concernant la Belgique, la situation dans les prisons ne s'est pas améliorée, même si des mesures seront prises concernant les personnes internées, nuance Amnesty. "La situation reste cependant inacceptable, et nous maintenons la pression pour que le gouvernement mette en place ce qu'il a prévu, à savoir un conseil lié à la convention contre la torture qui pourrait examiner de façon permanente la situation et les plaintes pour mauvais traitements."

Enfin, le rapport met en avant le plan de quatre ans visant à lutter contre la violence à l'égard des femmes. "Je pense que de l'avis des organisations de femmes mais aussi de défense des droits humains, la plupart des points qui devaient s'y trouver s'y trouvent", conclut le directeur. "La question maintenant est de savoir si nous aurons les moyens de mettre en œuvre ce plan."