Belgique

Chroniqueur à la RTBF

Rédacteur en chef à TV Brussel

Plus encore que dans le passé, la lutte électorale sera dominée en Flandre par des dynasties politiques. Le phénomène n’est pas vraiment nouveau : Mark Eyskens a été l’héritier politique de son père Gaston, Frank Van Acker a succédé à son père Achille. Les dynasties politiques existent aussi à l’étranger, aux Etats-Unis, par exemple, avec les Kennedy et les Bush.

En Communauté française, on connaît également des fils et des filles qui marchent sur les traces de leur père pour devenir parlementaire ou même ministre, mais cela reste l’exception à la règle. En Flandre, c’est devenu normal : un bourgmestre sur quatre est descendant d’un homme politique. Dans les familles qui dominent les partis politiques, la succession devient un privilège garanti pour plus d’une génération : Maya Detiège, fille de Leona Detiège, fille de Frans Detiège. Actuellement, dix pour cent des élus flamands dans les différents parlements sont le fils ou la fille d’un parlementaire. Et quand on parcourt les listes des élections du 7 juin, on constate que la tendance se renforce. Les Tom Dehaene, Bruno Tobback, Freya Vandenbossche et Marleen Vanderpoorten pourraient bien être rejoints par bon nombre d’homologues. Pour ne citer que quelques exemples : Herman Decroo a un fils et une fille sur les listes. Peter, le fils d’Herman Van Rompuy, se trouve en bonne position en Brabant flamand.

La fille de Guy Vanhengel, Eva, fait ses débuts en politique à Bruxelles. On peut déjà deviner son avenir. On trouvera des exemples dans toutes les familles politiques, dans une campagne électorale la notoriété est un atout médiatique. Certains diront qu’il est normal que le savoir-faire professionnel se transmette facilement entre parents et enfants, aussi en politique. Mais l’automatisme de la succession politique ne s’explique pas simplement par la transmission d’un savoir.

Elle est une conséquence du jeu de rapport des forces au sein des partis politiques, où quelques familles déterminent qui jouira des meilleures chances au prochain scrutin. Le résultat de ce jeu n’est pas simplement une passation du savoir-faire, mais un monopole du pouvoir au sein de quelques familles.

La meilleure démonstration en a été faite par l’Open VLD en Flandre orientale. L’ex-ministre Fientje Moerman en a fait l’amère expérience quand elle a appris qu’elle ne serait pas tête de liste, mais bien Jean-Jacques De Gucht, connu essentiellement à cause de son nom de famille et de sa chevelure blonde. Dans la même province, la famille De Clercq peut également être satisfaite, puisque Mathias De Clercq, petit-fils de l’ancien vice-Premier ministre et vicomte Willy, et fils de l’actuel échevin Yannick, peut également se présenter en bonne position aux électeurs. Les familles Decroo, De Clercq et De Gucht et l’invisible mais omniprésent Guy Verhofstadt, voilà le directoire qui a dressé les listes libérales en Flandre orientale.

Ce n’est que l’exemple le plus flagrant d’un système qui s’applique partout, dans toutes les familles politiques traditionnelles. Alors que la démocratie flamande est malade - la fragmentation progressive du paysage politique en étant le symptôme le plus visible -, on voit surgir une version modernisée du pouvoir héréditaire propre à l’ancien régime. Si l’endogamie a décimé les élites de l’ancien régime, le népotisme politique au sein de la classe dirigeante flamande - le terme d’élite n’est pas vraiment approprié - est un cancer de la démocratie. On dit que les partis politiques sont devenus des PME en quête de parts de marchés, on pourrait ajouter qu’elles risquent de devenir des PME familiales. Il est peu probable que ce sera de ce système de "démocratie héréditaire" que jailliront les nouvelles idées dont aura besoin la Flandre au XXIe siècle.