Belgique

En Flandre, une petite révolution risque de bousculer quelques habitudes scolaires. Alors que les cours de récréation et les classes sont considérés comme des temples bien gardés du néerlandais, le GO !, le réseau de l’enseignement de la Communauté flamande, encourage désormais les directions de ses écoles à accorder de la place aux autres langues. Jusqu’ici, la coutume stipulait que les élèves dont la langue maternelle n’était pas le néerlandais ne pouvaient pas s’exprimer dans leur langue au sein des établissements. Le réseau appelle donc à plus de souplesse dans le chef des directions qui demeurent cependant maîtres à bord.

La N-VA s’inquiète

La raison est simple : le nombre d’enfants ne parlant pas le néerlandais à la maison ne cesse de grimper. Ils seraient désormais un sur six, selon les dernières statistiques du secteur éducatif flamand. Or, pour certains d’entre eux, principalement les plus jeunes, le fait de ne pouvoir en aucun cas s’exprimer en néerlandais à l’école ne facilite pas l’insertion scolaire, et crée parfois un dangereux fossé entre l’école et eux. “Si nous sommes plus positifs à l’égard de ces langues, explique Raymonda Verdyck, la directrice générale du GO !, les élèves se sentiront mieux à l’école.” Cette permission aurait donc des effets bénéfiques sur les processus d’apprentissage des enfants. Dans le “Standaard”, le professeur de l’université de Gand, Piet Van Avermaet, va même plus loin. Cette permission pourrait être un levier d’apprentissage du néerlandais. “Supposons qu’un enseignant du primaire donne un exercice de mathématiques, et qu’un élève turc ne le comprenne pas, au contraire de son voisin. Vous pouvez alors laisser ce dernier expliquer l’exercice en turc, et l’enseignant demander ensuite à l’élève le plus faible de dire en néerlandais ce qu’il vient d’apprendre.

Soucieuse de défendre le néerlandais, la N-VA ne voit cependant pas d’un bon œil cette réforme, qui pourrait s’étendre aux autres réseaux. Pour Koen Daniëls, l’expert en éducation du parti, cela relativise auprès des élèves l’importance du néerlandais, langue pourtant décrétée comme indispensable pour obtenir un diplôme.

Côté francophone, on soigne les cultures d’origine

Notons qu’en la matière, les francophones sont en avance. La langue d’enseignement est bien entendu le français au sud du pays, mais l’autonomie pédagogique des écoles leur permet de fixer des règles qui leur sont propres.

L’enseignement francophone va même plus loin, puisqu’il organise depuis des années maintenant le programme OLC, pour Ouverture aux langues et aux cultures. La Fédération Wallonie-Bruxelles, soucieuse de mettre en valeur les élèves issus d’autres horizons, a signé un partenariat avec onze pays (dont la Chine, le Maroc ou la Russie) qui permet aux écoles d’organiser des cours de langues ou d’ouverture aux cultures dont sont issus les élèves.