Belgique 162 enfants de djihadistes belges se trouvent toujours en Syrie et en Irak. Depuis 2012, seulement 22 ont été rapatriés. C'est ce qui ressort d'une étude de l'Institut royal de Relations internationales dévoilée jeudi matin par Le Soir. Selon le rapport, le gouvernement devrait instaurer un cadre plus clair pour les rapatriements, qui sont organisés au cas par cas. Rentrer dans son pays, cependant ne suffit pas. Les conséquences de l'expérience de la guerre sont encore plus dures pour les enfants, qui souvent nécessitent une thérapie psychologique pour retourner à la normalité. Nous en avons discuté avec Virginie Leblicq, psychologue clinicienne et psychothérapeute familiale, qui travaille avec des jeunes radicalisés et leur entourage.

Quels sont les problèmes principaux qui se posent pour ces enfants à leur retour ?

Tout d'abord, il y a la question du trauma, car ces enfants ont vécu la guerre. Ils ont été privés d'une certaine partie d’innocence. Ils doivent apprendre à faire confiance à un adulte et à reconstruire un espace sécurisé, c'est pourquoi le thérapeute aide à recréer un lien de bienveillance avec l'adulte. Ce travail dure plusieurs mois puisque les enfants ont vécu dans un milieu où le danger peut venir de partout, surtout quand il y a un fort clivage entre "bons" et "mauvais". Il est important de savoir ce qui leur a été inculqué et comprendre comment déconstruire et reconstruire avec eux leur compréhension du bien et du mal en fonction de l'éducation qu'ils ont reçue en Syrie et en Irak.

Quelle est la manière la plus efficace de travailler sur ces aspects ?

La méthode la plus efficace est une thérapie avec la famille, quand cela est possible. Ainsi, on peut retravailler le lien parental et instaurer la confiance que l'enfant peut avoir en l'humanité. Parfois, comme les mères sont accusées de terrorisme ou d'association de malfaiteurs en lien avec le terrorisme, les enfants sont sépares des parents et placés en institution. Dans le meilleur des cas, l'enfant est avec un parent, ce qui permet de faire un travail familial de déconstruction de tout ce qu'ils ont vécu, afin de mettre des mots sur ces événements choquants.

Comment évaluer la sécurité de l'entourage de ces enfants?

Les enfants sont influencés par le discours des parents, auxquels ils sont très loyaux. S'ils vivent dans un environnement "rigide", ils risquent de suivre ces mouvements. C'est pourquoi la thérapie familiale est plus intéressante : elle permet de déconstruire ensemble certaines manières de voir les choses et de concevoir le monde. Et même dans les cas où l'enfant est séparé de ses parents et placé dans un milieu moins "rigide", il continue à s'identifier à eux. Dans ces cas, il est indispensable de garder le lien avec les parents éloignés pour déconstruire les croyances et les a priori par rapport à ces visions du monde. Je ne crois pas qu'il existe des enfants radicalisés. Il y a plutôt des enfants loyaux vis-à-vis de leur parents et qui croient en ce que leurs parents racontent.

Les jeunes sont-ils réticents à suivre ce parcours ?

Souvent, au début, le psychothérapeute est vu comme quelqu'un qui veut les observer, qui va peut-être aller répéter ou rendre des comptes à la justice, donc les enfants ne se laissent pas aller. On essaye alors de ramener le secret professionnel, expliquer que notre rôle est de les aider à réfléchir au parcours de vie. Il devient important de parler le même langage que ces enfants et de s’intéresser à la manière dont ils comprennent le monde. Il faut essayer de voir avec leurs yeux et de comprendre avec leurs oreilles et de discuter de cela avec eux. Des fois, ils ne parlent pas par loyauté envers les parents ou parce qu'ils ne sont pas encore capables de parler. La communication se fait alors par le jeu, par le dessin, par le langage du corps, par des objets. Cette manière de s'exprimer permet de mettre de la symbolique là où il y en a plus parce que l’horreur de la guerre amène à la dé-symbolisation, à la déshumanisation. Parfois ils n'arrivent même pas à mettre des mots sur cela. Avec les adolescents par contre, c'est différent, car un adolescent est toujours loyal à ses parents, mais il est moins dans l'imitation et il cherchera à s'identifier moins à ses parents.

Le risque de radicalisation augmente-t-il si ces enfants restent plus longtemps en Syrie et en Irak?

Je ne dirais pas qu'il y a un risque de radicalisation. Il existe plutôt un risque de pathologie. Je crains que ces enfants se coupent entièrement de leurs émotions. Le risque est que ces personnes développent moins l'empathie, qu'ils vivent des choses qui sont vraiment dures à travailler si on les laisse trop longtemps dans ce contexte.