Belgique

Un ajustement «gérable». C'est ce qu'avait dit le ministre wallon (PS) du Budget, Michel Daerden, lundi matin, à l'entame du «conclave» de Van Cau II au château de La Hulpe. De fait, si la délibération a finalement été plus longue et tortueuse que prévu, on le doit moins à ce contrôle du budget 2005 qu'à ses à-côtés plus politiques, qu'il s'agisse de lancer des «signaux» de relance ou de calmer les ardeurs à la subsidiation des lobbies de Spa-Francorchamps.

1 Le budget. Pour l'exercice en cours, il fallait «retrouver» 45 millions d'euros - appréciables, mais à comparer aux 5 milliards de budget régional. Ce trou n'était pas dû aux recettes, puisque la baisse redevable du fléchissement de la croissance est plus que compensée par la croissance des impôts régionaux. C'est côté dépenses qu'il fallut ajuster le tir. Le gouvernement jure avoir atteint les réductions de 10pc requises dès 2005 aux dépenses de cabinet. Pour le reste, assure le ministre Daerden, aucune politique décidée lors du budget n'a été supprimée lundi: ce ne furent que des «corrections techniques», dont le report à 2006 des premières phases d'amortissement de dépenses décidées en 2005, notamment en infrastructures.

Non seulement les 45 millions auraient ainsi été comblés, mais on en a dégagé 3 de plus pour Francorchamps, comme on va le voir - ce sont les seuls moyens véritablement nouveaux de l'ajustement. Le tout, en moyens de paiement. Quant aux moyens d'action, un transfert entre ministres PS a permis de dédier une provision de 30 millions d'euros, logée pour les invests chez le ministre Daerden, à de nouvelles possibilités au titre de l'expansion économique (aides aux entreprises) chez le ministre de l'Économie, Jean-Claude Marcourt. C'est ici d'ailleurs qu'il y eut hier quelque flottement entre coalisés, quand on aurait voulu soit ne pas compenser tous les crédits, soit anticiper déjà sur le budget 2006.

Celui-ci sera «le véritable budget de relance de la Wallonie», annonce le ministre-Président Van Cauwenberghe. Ainsi jaugera-t-on alors «la situation de nos participations dans Arcelor». En attendant, M. Marcourt est chargé de présenter une note relative à la recapitalisation de la Sonaca et de la FN; et le ministre (CDH) au Logement, André Antoine, de présenter un plan de création de logements.

2 Spa-Francorchamps. Les demandes sont (ou étaient) doubles: la couverture du déficit du Grand Prix de 2004 et une garantie pour le financement du plateau de 2005, demandées par l'organisateur, à hauteur de 5 millions d'euros; et des soutiens à l'investissement (ci-contre), pesant pas moins de 50 millions.

Eh! bien, «on ne tape pas l'argent, on n'en a d'ailleurs pas les moyens», résumait Van Cau hier soir... Pour les investissements, on verra plus tard. On verra notamment, avant de s'engager, si les milieux de la Formule 1 garantissent la pérennisation du Grand Prix sur le circuit. Quant au déficit de 2004, le gouvernement n'interviendra pas. Mais il va «sponsoriser» l'édition 2005, à hauteur de 3 millions d'euros... tout en invitant le fédéral à faire un geste, de quelque 2 millions d'euros: après tout, lui aussi profite des retombées fiscales et autres d'un Grand Prix toujours appelé «de Belgique»!

En somme, Van Cau II renvoie la patate à deux plus grands argentiers: d'une part celui de la Formule 1, Bernie Ecclestone; d'autre part, Didier Reynders, le ministre (MR) des Finances.

© La Libre Belgique 2005