Les extrémistes en désordre

Annick Hovine Publié le - Mis à jour le

Belgique

Si, au nord du pays, le Vlaams Belang a le monopole de l’extrême droite, du côté francophone, c’est la cacophonie. Le 7 juin, les partis, formations et groupuscules étiquetés comme tels se présenteront en ordre dispersé (explosé même), plus divisés que jamais. C’est sans doute la chance des démocrates francophones : jamais les extrémistes n’ont réussi à former un parti solide, avec une organisation et des responsables (re) connus. Résultat : les électeurs francophones séduits par les discours extrémistes, xénophobes et nationalistes auront le choix entre 8 formations, dont de multiples dissidences du Front National "historique" de Daniel Féret, et le Vlaams Belang à Bruxelles. Résistances, Observatoire belge de l’extrême droite (resistances.be), a passé sous la loupe ces listes extrémistes qui se présentent aux élections régionales du 7 juin. Au total, les formations extrémistes alignent 159 candidats effectifs en Wallonie et 120 à Bruxelles (y compris les 17 Vlaams Belang).

En Wallonie, le Front national rénové, une des dissidences du FN de Daniel Féret, présentera 51 candidats effectifs dans 10 des 13 circonscriptions. A Bruxelles, la liste (19 candidats) est conduite par Patrick Sessler. Le député régional FN sortant est aussi le secrétaire général, vice-président et vrai "patron" de ce front. On retrouve à la dernière place de la liste Michel Delacroix, unique sénateur fédéral FN. Après l’exclusion de Daniel Féret en septembre 2007, il reprend les rênes du FN. Un éphémère président faisant fonction, qui doit démissionner en novembre 2008 après la diffusion d’une vidéo qui le montre chantant un pastiche immonde et antisémite de "L’eau vive" de Béart. Mais Delacroix reste membre du FN dit rénové, ainsi qu’un de ses dirigeants.

Autre dissidence, protéiforme : Fraternité nationale pour plus de liberté, d’union et de solidarité, en bref FN Plus, initiée par deux députés wallons FN sortants, Charles Pire et Charles Petitjean (ex-PRL). Fraternité etc n’a pas de liste à Bruxelles mais aligne 54 candidats effectifs en Wallonie. Les deux Charles ont participé en septembre 2007 à la prise de contrôle du FN par lesdits "réformateurs" du parti qui voulaient s’affranchir des éléments néonazis pour récupérer de nouveaux électeurs. Entre-temps, il y eut l’épisode Delacroix (voir ci-dessus) : Pire et Petitjean ont alors pris leurs distances avec le FN (dit) rénové, qu’ils avaient fondé, pour sceller une alliance momentanée et de circonstance (électorale) avec le FN de l’ex-président Daniel Féret. Une Fraternité nationale strictement opportuniste, pour le scrutin 2009, qui permet à cette alliance improbable de figurer sur les listes sous un sigle qui utilise les initiales FN.

Troisième avatar du FN : le Front national de Bruxelles, ou FNB, présente 11 candidats du "clan Féret", uniquement à Bruxelles. On y trouve, ainsi, en 3e position, Audrey Rorive, la compagne de Daniel Féret, conseillère régionale bruxelloise depuis 1999, exclue du FN rénové depuis le 3 décembre 2007.

A Bruxelles encore, le Front démocratique bruxellois, ou FDB, présente une liste de 66 (!) candidats effectifs. Conduite par Paul Arku, conseiller régional bruxellois sortant, cette formation refuse l’étiquette "extrême droite" et se revendique d’une droite populaire et nationaliste. Reste que les pedigrees de Paul Arku et de Christiane Van Nieuwenhoven, deuxième sur la liste et également députée sortante, parlent d’eux-mêmes : ils ont tous deux été élus en 2004 sur la liste FN encore unitaire. Arku fut aussi un des leaders francophones du Vlaams Blok (aujourd’hui Vlaams Belang), à l’époque où le puissant parti extrémiste flamand rêvait de "bloquer Bruxelles".

Par ailleurs, la liste Nation présente 7 candidats, uniquement dans la Région de Bruxelles-capitale. Le mouvement espérait aussi déposer une liste dans la circonscription de Charleroi, là où l’extrême droite francophone bat tous ses records. Dans leur récolte de signatures, les équipes [?] militantes ont fait chou blanc. Autant dire que Nation risque bien de passer l’arme à gauche (si on ose écrire). Toujours à Bruxelles, mais dans le groupe linguistique néerlandais, le Vlaams Belang présente 17 candidats emmenés par Johan Demol, l’ex-commissaire de Schaerbeek exclu de la police suite aux révélations sur son passé de militant dans les rangs néofascistes francophones. Au dernier scrutin communal, ce fut un échec, qui risque bien de se répéter le 7 juin.

En Wallonie, une dissidence du FN féretiste pourrait engranger un certain nombre de voix, notamment parce que "Wallonie d’abord !", qui se présente dans 11 circonscriptions, soit partout sauf à Arlon-Marche-en-Famenne-Bastogne et Neufchâteau-Virton, joue vicieusement la possible confusion avec le parti régionaliste "Wallons" (qui se présente dans les mêmes circonscriptions, sauf à Mons, Namur et Dinant-Philippeville). Au total, Wallonie d’abord ! aligne 48 candidats effectifs. A Charleroi, la liste est emmenée par Alain Sadaune, ex-député régional et ex-dirigeant local du FN.

Il faut enfin pointer, pour être complet, les Forces démocrates wallonnes (FDW), micro-avatar du FN, puis du FN rénové, qui ne seront présentes qu’à Mons. Et qui ne décrocheront aucun siège

Annick Hovine

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