Belgique

Le Collectif contre l'islamophobie en Belgique (CCIB) a ouvert l'an dernier 70 dossiers relatifs à des faits dont il a confirmé le caractère islamophobe. Pour l'année en cours, l'association en a déjà ouvert près de 90. Les femmes sont les principales victimes, a souligné l'ASBL vendredi lors de la présentation de son premier rapport annuel. Si le CCIB existe depuis 2014, c'est la première année que ses ressources lui permettent de rédiger un rapport sur l'état de l'islamophobie en Belgique, francophone principalement.

L'association collabore activement avec Unia, le centre interfédéral pour l'égalité des chances, à qui elle a transmis 70% de ses dossiers de 2017. Un tel transfert suppose l'accord de la victime, qui n'est pas facile à obtenir notamment parce que certaines manquent de confiance envers les institutions, constate Layla Azzouzi, responsable du service de première ligne. "Pourtant, c'est très important qu'Unia ait une image la plus fidèle possible de la réalité des discriminations."

Environ un quart des 202 actes recensés comme islamophobes par Unia en 2017 proviennent du CCIB. Les chiffres d'Unia montrent une diminution de 18% de ces actes entre 2016 et 2017, mais l'année 2016 était particulière en raison du contexte post-attentats, rappelle le CCIB. Pour le Collectif, l'islamophobie reste très présente en Belgique, avec en moyenne un acte de ce type signalé tous les deux jours.

Dans près de 76% des cas où le genre de la victime est connu, il s'agit d'une femme. "C'est lié au port du foulard, un signe visible d'appartenance, mais pas seulement", analyse Layla Azzouzi. "Les femmes sont aussi plus impliquées dans le réseau associatif. Je pense que la parité au sein du CCIB et le fait que les musulmanes puissent être écoutées par une femme joue aussi", ajoute celle qui reçoit quotidiennement leurs appels.

Les femmes musulmanes subissent à la fois l'islamophobie et le sexisme, "et on voit une montée des musulmanes qui se revendiquent du féminisme", observe plus généralement Mme Azzouzi.

D'après les dossiers 2017 du CCIB, l'islamophobie la plus dénoncée est celle exprimée dans les médias et sur internet (29%), dans la vie en société (17%), dans le milieu de l'enseignement (16%) et en lien avec un emploi (14%). L'association en constate aussi une résurgence dans le discours politique (9%).

A noter que les 70 actes considérés comme islamophobes par l'association ne sont pas tous en infraction avec la législation anti-discrimination. La plupart ont été clôturés par une médiation, mode de résolution des conflits privilégié "car c'est celui qui a le plus d'impact à long terme".