Belgique

Plus de deux cents ans après l’exécution du roi Louis XVI, ses fidèles n’oublient pas. A Bruxelles, à la cathédrale de Tournai et au château de Rixensart jeudi, des dizaines de personnes ont assisté à une messe des funérailles en l’honneur du roi de France, guillotiné par les révolutionnaires le 21 janvier 1793.

Des cérémonies similaires ont eu lieu en France jusqu’au dépôt d’une gerbe sur la place de la Concorde à Paris, l’ancienne place de la Révolution où Louis XVI a été décapité.

"La révolution fut d’abord une guerre des religions", a dit à Bruxelles Gilles Wach, prieur général de l’institut du Christ roi souverain prêtre, des chrétiens traditionalistes reconnus par le Vatican. "Pour s’attaquer efficacement à la religion, les révolutionnaires comprirent qu’il fallait s’attaquer à la personne du roi. […] C’est donc cette patrie, cette figure qu’il fallait supprimer."

Il y avait là au couvent Sainte-Anne de Watermael-Boitsfort les descendants de vieilles familles françaises, des Belges liés à l’histoire de France, des royalistes convaincus que la Révolution française, inspirée par le "Contrat social" de Jean-Jacques Rousseau, a profondément sapé les fondements de la France. D’un coup, les communautés religieuses étaient supprimées, leurs biens confisqués, laissant la place à un régime de la terreur et au culte de la Raison.

"Louis XVI reste dans nos cœurs", dit un couple de jeunes Français dont un ancêtre a subi le même sort que le dernier roi, un an après.

"Un roi très chrétien" pour sauver la France

Selon Mgr Gilles Wach, venu spécialement de France pour cette occasion, c’est "l’esprit de Satan" qui a inspiré les révolutionnaires, "cette haine ne pouvait venir que des ténèbres". Aujourd’hui, a-t-il ajouté, "la France, ce beau pays, souffre. L’Europe plie sous le poids des principes révolutionnaires […] Il nous manque un roi très chrétien qui était le lieutenant de Dieu sur terre".

On ne peut être plus explicite sur le souhait de mettre fin à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ce fondement de la laïcité. Et on passe sous silence que la Révolution française accoucha aussi de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 qui proclama l’égalité des citoyens et abolit les titres de noblesse avec son article premier : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits."

L’autre soir à Bruxelles, la messe de requiem, alternée de très beaux chants grégoriens, s’inscrivait dans la tradition la plus conservatrice de l’Eglise catholique d’avant Vatican II. Elle était dite et chantée en latin. Le prêtre tournait le dos aux fidèles tandis que l’hostie de la communion était déposée sur la langue du croyant agenouillé, et non dans les mains.

A la fin de la messe, l’assemblée s’est levée pour entendre le testament du roi chrétien, rédigé dans sa cellule le 25 décembre 1792. "Je pardonne à tous ceux qui se sont fait mes ennemis", écrivit ce roi que les historiens ont réhabilité. "Je ne me reproche aucun des crimes qui me sont avancés contre moi." Les révolutionnaires lui refusèrent l’assistance d’un confesseur.

L’institut du Christ roi souverain prêtre, qui organisait le requiem de Bruxelles, est actif au sein d’une école internationale, la Brussels International Catholic School (BICS). Dix pourcent de ses élèves sont issus de cette communauté, selon la direction. Entre 200 000 et 250 000 Français résident en Belgique.