Belgique

Ce n’est certes pas la préoccupation majeure de l’heure à la rue de la Loi ni une priorité pour les partis impliqués dans la préformation fédérale mais le constat réjouira ceux qui pensent que l’on ne sortira de l’imbroglio actuel que par une bonne volonté réciproque

Une étude récente menée par le Centre d’étude des francophones en Flandre (qui réunit des chercheurs francophones et néerlandophones), dont "La Libre Belgique" a pu prendre connaissance, montre que "si le nombre de francophones de Flandre n’a diminué que dans des proportions très relatives, l’on constate que leur profil socio-linguistique a changé de façon substantielle : les francophones de Flandre ne sont plus unilingues et s’intègrent davantage dans la société néerlandophone".

Il ne faut pas avoir fait Stanford ou la Sorbonne pour se rendre compte que l’unilinguisme parfois obstiné d’une frange des francophones installés au nord du pays contribua longtemps à jeter de l’huile sur le feu communautaire, ne rappelant que trop l’arrogance des "fransquillons" du XIXe siècle. Certes, une enquête menée par "La Libre Belgique" en Flandre au printemps 2007 avait déjà dégagé cette tendance, mais les récentes recherches d’Alex Vanneste, linguiste professeur à l’université d’Anvers (1), les confirment de manière très intéressante.

Pour éclairer ce phénomène, le Pr Vanneste nous renvoie volontiers à un texte de Jules Destrée paru dans "Le Soir" en janvier 1932 : il y avançait que "les autorités belges ne peuvent aucunement empêcher que les citoyens francophones habitant en Flandre continuent à parler français. Mais, en même temps, il ajoutait qu’il n’accepterait pas que ces francophones de Flandre ne parlent que le français. Une telle attitude aussi exceptionnelle que méprisante à l’égard du milieu social dans lequel on vit et le refus d’établir le moindre contact avec la population lui déplaisaient profondément".

Jules Destrée ajoutait aussi que les francophones de Flandre devaient "se servir de la langue de la majorité locale". Pour Alex Vanneste, "cette prise de position - visionnaire - d’il y a quelque trois quarts de siècle pouvait paraître alors révolutionnaire, si non quelque peu anarchiste, voire subversive eu égard à l’esprit du temps."

Et le linguiste de l’université d’Anvers de conclure que "même s’il y a un peu moins de francophones aujourd’hui en Flandre, la francophonie semble y avoir trouvé un modus vivendi honorable qui la satisfait et qui satisfait aussi les néerlandophones".

Dans cette conclusion, Alex Vanneste ne le précise pas mais, dans le corps de sa recherche, il fait néanmoins une distinction entre les francophones installés dans les provinces flamandes de longue date et ceux qui vivent principalement autour de Bruxelles et qui sont d’immigration bruxelloise ou wallonne récente.

Il ne fait pas de doute, selon nous, que les uns et les autres peuvent avoir des comportements linguistiques assez différents, les uns se situant dans une certaine tradition d’ouverture là où une partie des autres mènent encore un combat de type communautaire, espérant toujours une de plus en plus hypothétique extension de la région bilingue de Bruxelles-Capitale.

Quant à leur nombre exact, vu qu’il n’y a plus de recensement linguistique, il est impossible de l’établir avec précision mais, selon le Pr Vanneste, la vérité doit se trouver entre les estimations de 2005 de la "Nieuwe Encyclopedie van de Vlaamse Beweging" qui les estimait à 320 000 - soit 200 000 en Flandre et 110 000 à Bruxelles-Hal-Vilvorde - et le sondage réalisé pour le compte de l’Association pour la promotion de la francophonie en Flandre qui, par extrapolation, les évalue à 367 000.

Pour conclure, revenons-en au constat initial : si les francophones sont toujours mieux représentés dans un environnement urbain, Alex Vanneste pense aussi que, ces dernières décennies, "la plupart des francophones de Flandre sont moins isolés socialement que par le passé et sont mieux intégrés voire mieux acceptés parce qu’ils sont bilingues". Bref, dans une Flandre consciente d’elle-même, ils sont moins visibles, non point qu’ils seraient davantage brimés mais parce que leur bilinguisme les rend tout simplement moins visibles aussi

(1) L’article d’Alex Vanneste sur "les francophones en Flandre, aujourd’hui" figure dans la revue "FrancoFonie" (été 2010). Renseignements. : CEFF-SFV, rue de l’Orient, 77, 1040 Bruxelles ou info@ceff-sfv.be