Belgique Les techniques policières ont évolué. Ecoutes directes et balises GPS complètent les écoutes téléphoniques et les filatures.

Ils étaient d’une prudence de Sioux… Il faut dire que Baghdad et Karim Maâche, 51 ans et 49 ans, ont un lourd passé de braqueurs. Ils ont croupi des années derrière les barreaux et ont fait partie de la "bande Maâche", dans les années 1990.

Mais il semble qu’ils n’ont pas anticipé les techniques de pointe qu’utilisent désormais les policiers, comme le montre le dossier qui leur vaut d’être jugés à Bruxelles . Ils sont poursuivis pour cambriolages - ils en reconnaissent certains - et un home invasion - qu’ils contestent - au château de la Rocq à Seneffe.

Le dossier est largement basé sur des écoutes directes. Des micros ont été placés dans leurs voitures dès juin 2015. La police avait eu vent du fait que Karim avait acquis une arme de guerre. Vu son pedigree, les enquêteurs ont voulu en savoir plus.

Mais les Maâche et leurs complices étaient prudents. Ils parlaient peu par téléphone. Lors de coups, ils communiquaient avec le guetteur via walkie-talkie. Afin d’effacer les traces, les cambrioleurs vaporisaient un gel pour effacer leurs traces. Des précautions étaient prises pour protéger leurs gants.

Les écoutes directes ont été fructueuses pour les enquêteurs, qui, avec les observations et les balises GPS sur les voitures, ont collecté une mine de renseignements. Si bien que les Maâche reconnaissent des cambriolages, dont des vols de chaudières sur chantiers. Ils ne contestent pas plus le vol d’un coffre-fort dans un restaurant, qui leur a rapporté 6 500 euros. Ils prennent à leur compte le cambriolage chez le gérant de ce restaurant où ils ont dérobé 20 000 euros.

Des malfaiteurs très bien renseignés

Cet homme a soupçonné tous ses employés, les seuls à savoir qu’il emportait la recette à la maison. Parmi ceux-ci figurait un neveu des frères Maâche. Il se retrouve avec eux sur le banc des prévenus.

C’est aussi sur la base d’un tuyau fourni par un employé qu’ils auraient commis un très violent home invasion chez Albert et Marianne Michiels, le couple à la tête de Restauration Nouvelle, qui gère une trentaine d’établissements Horeca ou salles de réception.

Ils nient avoir fait partie du commando de six hommes, cagoulés, gantés et tout de noir vêtus qui a fait irruption dans la salle à manger des Michiels à Seneffe le 29 février 2016. Lors de l’agression, un des six dira en pointant une arme sur M. Michiels : "Je veux les 500 000 euros ou je tue ta femme."

Il faisait allusion à la paie des employés qui, en raison de trois vols précédents, n’était plus gardée dans le coffre du couple. Les malfaiteurs étaient néanmoins partis avec un butin évalué à 109 360 euros.

Pour ces faits, la représentante du ministère public a requis huit ans de prison contre les deux frères et l’un de leur complice. Elle réclame deux ans de prison supplémentaires pour avoir, lors d’une consultation au greffe du tribunal, effacé les enregistrements des écoutes directes. Des peines inférieures ont été requises contre les complices.

Seul l’avocat de Karim Maâche a plaidé mercredi. Il s’est efforcé de convaincre le tribunal de la non-implication de son client à Seneffe. Et il a fustigé les méthodes policières "dignes d’un shérif au Far West".