Belgique

D e laatste Belgen... Les derniers Belges. L'intitulé est provocateur mais pas exagéré pour qui suit de près l'évolution de la communauté germanophone de Belgique. Devenus Belges malgré eux, ils sont d'ardents défenseurs du fédéralisme d'union mais sont également très attachés à la monarchie. C'est si vrai que la fête de la Communauté germanophone a été fixée au 15 novembre, le jour de la fête du Roi. Les Cantons de l'est que l'on qualifia jadis de "rédimés" occupent une place particulière dans la Belgique contemporaine. Ce n'est qu'au lendemain de la Première Guerre mondiale que les anciens cantons prussiens d'Eupen, de Malmedy et de Moresnet Neutre ont été attribués à la Belgique dans la foulée du traité de Versailles. La suite de l'Histoire fut loin d'être un fleuve tranquille car en 1940, ils furent annexés par le Reich mais depuis lors, leur intégration belgo-belge n'a plus connu de soubresauts; mieux, dans le cadre de la redéfinition de la Belgique communautaire et régionale, la Communauté germanophone est devenue une réalité incontournable qui va fêter son premier quart de siècle. Mieux : elle était déjà reconnue comme communauté culturelle allemande à l'instar de ses grands frères flamand et francophone dans les années 1970. Aussi surprenant que cela paraisse, il n'y avait pas encore de synthèse historique des Cantons de l'est, vus de l'extérieur. C'est chose faite grâce à... "De laatste Belgen" que l'on doit à Selm Wenselaers, un historien de l'Université d'Anvers qui travaille aussi pour la Représentation flamande à Berlin.

Sans a priori, ni arrière-pensées, Selm Wenselaers a fait œuvre plus qu'utile car peu de Belges du nord et du sud connaissent la saga des compatriotes de l'est. Son mérite est de la rapporter sans parti pris politique ou idéologique, n'esquivant ni les excès de ceux qui entendaient "belgiciser" dans un esprit très colonial les nouveaux venus dans le royaume d'Albert Ier, ni les heures difficiles de la Seconde Guerre mondiale. Et cela donne aussi une passionnante réflexion sur l'identité à l'heure de l'Europe et d'un certain malaise belge...

A l'instar du ministre-président Karl-Heinz Lambertz qui l'a présenté jeudi à Bruxelles, nous émettrons le vœu très appuyé que l'on le traduise très vite en français et en allemand.

"L'auteur s'est livré à un travail de recherche minutieux qui pour la première fois fait le tour des germanophones de Belgi que" s'enthousiasme le ministre-président et ex-médiateur royal. Qui y reconnaît évidemment l'histoire de sa famille... "Saviez-vous que mon grand-père a changé quatre fois de nationalité ?" ajoute le "numero uno" germanophone qui estime que le moment de sa parution tombe à pic à une encablure du début des commémorations du 25e anniversaire de sa communauté. M. Lambertz l'annexera, façon de parler !, à toute les (bonnes) initiatives veillant à faire mieux connaître sa communauté. Comme la parution d'un "Petit futé" sur les Ostkantons d'ailleurs. "Mais l'essentiel à percevoir est que nous sommes aujourd'hui un élément clé de la diversité belge"...

"De laatste Belgen", Selm Wenselaers, Meulenhoff/Manteau, 197 pp