Belgique

Une plaque commémorative a été déposée mercredi sur la tombe d'un soldat mort au combat lors de la Première Guerre mondiale, enterré au cimetière de la Ville de Bruxelles. La remise de cette plaque, en présence notamment du Roi, marque le lancement du projet "Nos héros oubliés" du War Heritage Institute (WHI), qui vise à commémorer les quelque 9.000 soldats rapatriés après la Grande Guerre dans leur ancienne commune à la demande des familles. Quelque 41.000 soldats belges sont morts au combat lors de la Première Guerre mondiale, dont 9.000 ont été enterrés dans des tombes individuelles familiales ou des pelouses d'honneur communales, à la demande des familles. Ces tombes "civiles" ne disposent pas de statut protégé. En conséquence, 100 ans plus tard, 3.000 d'entre elles ont disparu.

Dans le cadre des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, le War Heritage Institute a dès lors lancé son projet "Nos héros oubliés", pour identifier, marquer et se souvenir des 6.000 tombes restantes.

Des plaques commémoratives ont ainsi été élaborées et la première d'entre elles a été déposée mercredi au cimetière de la Ville de Bruxelles, par le bourgmestre de Bruxelles Philippe Close, en présence du roi Philippe, du ministre de la Défense Steven Vandeput, du lieutenant-général Marc Compernol, chef de la défense et de Michel Jaupart, directeur général ad interim du WHI.

Les plaques, aux couleurs de la Belgique et sur lesquelles est inscrit "14-18 Pro Patria", sont offertes aux communes, invitées à les apposer sur toutes les tombes civiles de soldats morts au combat. Une plaque murale est également à disposition pour être placardée à l'entrée du cimetière. La dernière plaquette sera placée par le Roi le 11 novembre prochain, sur la tombe du soldat inconnu.

Afin de se souvenir de ces "héros oubliés", les Belges sont également invités à participer en parrainant un soldat décédé, "par exemple en menant une recherche sur la vie du soldat sélectionné ou en plaçant des fleurs sur sa tombe". Ils pourront ensuite enregistrer leur réalisation sur le site www.wardeadregister.be.


Le discours du Roi

Mesdames et Messieurs,

L’expression de notre reconnaissance fait partie d’un travail de mémoire qui est essentiel pour notre société. En cette année du Centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale nous exprimons notre gratitude envers les pays et les personnes qui sont venus nous aider à retrouver la liberté. La Reine et moi l’avons fait récemment lors de nos visites au Canada et aux Etats-Unis. Et nous continuerons à le faire à l’approche du Centenaire de l’Armistice.

L’initiative de remettre à l’honneur les tombes de nos héros oubliés relève de cette même volonté de ne pas permettre à l’oubli de s’installer. Certaines tombes d’anciens combattants ne sont plus entretenues faute de descendants ou de proches des défunts. Donner l’occasion à des parrains et marraines qui n’ont pas de lien direct avec les personnes disparues, de s’occuper d’une ou plusieurs tombes, c’est tisser de nouveaux liens avec le passé et donner, en quelque sorte, un visage à notre histoire.

Chacun de ces soldats a en effet contribué à faire de nous ce que nous sommes. Leurs vies se sont arrêtées trop tôt. Elles se sont offertes à la patrie, aux générations suivantes et donc à nous tous. Il est de notre devoir de le reconnaître et de leur rendre hommage.

Il est important de continuer à nous souvenir, et à raconter, non seulement l’Histoire avec un grand H, mais aussi l’histoire du simple soldat tombé, souvent dans l’anonymat. Parce que cela nous permet de rappeler que l’avenir de toute société se construit par une conjonction des forces de tous ses membres. Une société se consolide grâce à la mise en commun de tous les talents. Et plus une société arrive à reconnaître et à encourager chacun dans son rôle, plus elle développe des valeurs et crée de la valeur.

En nous réappropriant notre histoire, nous enrichissons notre regard sur notre propre vie. Le sens des commémorations comme celle de la fin de la Première Guerre mondiale, c’est aussi de réfléchir sur les causes profondes des guerres et sur la logique de la violence. Cela doit nous faire prendre conscience du prix de la paix et de notre propre responsabilité pour la préserver. C’est pourquoi je me réjouis des nombreux efforts accomplis pour prévenir les conflits ou favoriser la réconciliation entre les parties en vue de réaliser une paix durable. Continuons à nous y investir.

Voilà les raisons pour lesquelles je tenais à être parmi vous aujourd’hui, afin de soutenir cette belle initiative qui relie le passé, le présent et l’avenir, et d’encourager le plus possible de Belges à y participer. En sortant 6.000 de nos héros de l’oubli, il y aura par la même occasion dans notre pays des milliers de nouveaux artisans de la paix et d’un monde plus harmonieux.