Belgique

La colère gronde au sein des maisons de repos et des maisons de repos et de soins (MR-MRS) wallonnes. Une circulaire envoyée, début novembre, par la ministre wallonne en charge de l’action sociale, Eliane Tillieux (PS), crée de sérieux remous chez les gestionnaires de ce type d’établissement.

Si la mesure part certainement d’une bonne intention, la ministre a peut-être envoyé sa circulaire un peu trop vite. Elle vise à garantir la continuité des services dans les Maisons de repos en cas de pannes électriques et de délestages des réseaux électriques.

Le délestage électrique est une mesure qui consiste à rompre temporairement la fourniture d’électricité dans une zone donnée afin d’éviter le black-out. Autrement dit la panne de courant à très grande échelle. "S’agissant des maisons de repos, des maisons de repos et de soins ou bien d’établissement divers accueillant, en permanence, une population fragilisée nécessitant une prise en charge constante, une évidence s’impose : un panel de service minimum doit pouvoir être assuré quelles que soient les circonstances" explique Eliane Tillieux dans sa circulaire.

Elle demande donc aux MR et MRS de mettre en place dans les deux mois un plan de continuation d’activité reprenant de très (trop ?) nombreux éléments : la mise en place d’un team de crise au sein de l’institution, l’installation éventuelle d’un groupe électrogène, une liste des personnes qui devraient être transférées vers un autre établissement, la réalisation d’un plan de communication, etc.... Le tout doit être envoyé au bourgmestre de la commune et au gouverneur de la province.


Des délais ridicules

La circulaire semblant tellement surréaliste pour les gestionnaires d’établissements, ce sont les fédérations qui les représentent (Fédération des CPAS wallons, FIH et Femarbel) qui ont écrit à la ministre lui demandant de suspendre sa circulaire.

Vincent Fredericq, secrétaire général de Femarbel (Fédération des maisons de repos de Belgique) explique : "Premièrement le délai octroyé pour la mise en place de ce plan est ridicule. Les gens qui ont fait ça sont certainement de très bonne volonté mais ils n’ont qu’une connaissance théorique de la situation. Il y a des gestionnaires qui ont commencé les démarches et qui nous disent que c’est impossible".

Le second obstacle à la mise en œuvre de la volonté ministérielle est un problème financier mais pas seulement : "Le coût d’un groupe électrogène est important mais il est nécessaire d’obtenir une autorisation, ça ne se fait pas comme ça".

Le troisième problème soulevé par les fédérations concerne le personnel qui doit être mobilisé en cas de délestage électrique : "Nous ne sommes pas des hôpitaux, Il n’y a pas assez de personnel pour prendre en charge tout ce qui est demandé par la circulaire" poursuit Vincent Fredericq qui regrette surtout l’absence de concertation avec le secteur. "Les choses vont toujours mieux lorsqu’on a une démarche proactive. Vous savez, cette circulaire nous rappelle un peu celle qui avait été envoyée par le ministre de l’époque à propos du bug de l’an 2000. Il nous était demandé d’installer des braseros dans les maisons de repos. Et bien, cette circulaire c’est du même genre" conclut notre interlocuteur.

Du côté du cabinet de la ministre on reste serein. Si Eliane Tillieux est tout à fait d’accord de revoir les délais imposés par la circulaire, elle ne compte en aucun cas suspendre celle-ci. "Il me semble que le principe de précaution prévaut mais on peut bien entendu en améliorer les contours. Nous souhaitons simplement disposer des informations nécessaires en cas de problème. Je trouve primordial d’anticiper les situations difficiles pour ce type d’établissement et je ne compte pas du tout retirer cette circulaire" précise la ministre.