Les mouettes ne font plus rire

J.L. (st.) Publié le - Mis à jour le

Belgique

J’étais tranquillement en train de manger un sandwich, quand une mouette a plongé et s’en est emparée, son bec jaune acéré me piquant les doigts et ses larges ailes manquant de me bousculer. Je n’ai rien eu de grave. Mais elle aurait vraiment pu me faire mal", raconte Nica Weyts, une touriste se promenant sur la plage de Blankenberge.

Dans cette station balnéaire populaire, ce genre de scénario, digne d’un film d’Alfred Hitchcock, a lieu une à deux fois par jour, selon Tom Cocle, le sauveteur en chef du poste des premiers secours. Un phénomène en expansion : l’an passé, cela n’arrivait qu’une ou deux fois tous les deux mois.

Pourtant, en cette belle après-midi d’été, seule l’apparition de gros nuages gris semblent perturber la quiétude des touristes, qui lancent régulièrement des regards inquiets vers le ciel. Malgré les premières gouttes d’eau, les secouristes restent à l’affût du danger. "Le problème est que ces mouettes se sont habituées à la présence humaine , lance du haut de sa tour de surveillance le jeune sauveteur Sean Wille . Elles ne sont donc plus effrayées par les humains. Mais ce ne sont pas des oiseaux de nature agressive pour autant " , précise-t-il, son talkie-walkie se balançant sur sa poitrine.

Ce que confirme Hannelore Maelfaet, responsable de projet au Centre de coordination pour la gestion intégrée de la zone côtière : "Les mouettes n’attaquent pas mais ne font pas la différence entre les aliments que les gens leur présentent volontairement et ceux qu’elles prennent pour elles-mêmes" . Selon elle, de plus en plus de goélands argentés sont forcés de migrer vers les villes, le nombre d’espaces naturels disponibles diminuant au fil des ans.

De plus, s’il est vrai que le nombre de couples nicheurs de goélands argentés le long de la Côte belge a fortement augmenté ces vingt dernières années, leur nombre décline depuis trois ans. En cause : la diminution du nombre de poissons dans la mer et la baisse de la flotte des bateaux de pêche.

Que faire face à l’afflux de goélands en ville ? Sur ce point, les avis divergent. Et les mesures prises jusqu’à présent pour éloigner les volatiles sont des plus farfelues : lasers, ultrasons, renard empaillé téléguidé, cerfs-volants en forme de faucon, etc.

Pour Léopold Lippens, bourgmestre de Knokke depuis 1979, il faut tuer "ces rats du ciel" . Mais ils sont protégés par les législations européenne et flamande et leur chasse est interdite. C’est pourquoi, M. Lippens souhaite "obtenir une autorisation pour limiter leur nombre et faire en sorte que certains d’entre eux puissent nicher dans les réserves naturelles" .

Paul Geerinckx, échevin du Milieu, à Knokke, ajoute que c’est nécessaire pour assurer la diversité même des oiseaux, les goélands argentés n’ayant pas d’ennemis naturels. Il craint que les travaux prévus dans le port de Zeebrugge n’entraînent la venue de milliers de ces oiseaux vers Knokke.

Dans cette station mondaine, c’est surtout les impacts négatifs des goélands argentés sur l’environnement urbain qui gênent, comme les nuisances sonores et la dégradation des toits où ils nichent. Paul Geerinckx note que "les habitants sont à la limite de la tolérance" . Tandis que M. Lippens déplore les coûts liés au ramassage des poubelles et au nettoyage des plages.

Hannelore Maelfait, à l’image de l’association flamande de protection des oiseaux Vogelbescherming Vlaanderen, affirme, quant à elle, que tant que l’offre de nourriture non naturelle reste identique, rien ne sert de tuer les goélands. Car ceux-ci afflueront de France, des Pays-Bas ou d’Angleterre.

Un travail de prévention pour atteindre des solutions durables est donc nécessaire, notamment en informant les touristes de la nécessité de ne nourrir les goélands sous aucun prétexte ou en plaçant les sacs poubelles dans des récipients fermés et solides, afin que les mouettes ne puissent les trouer.

Tous s’accordent toutefois pour dire qu’il est temps de trouver une solution globale et uniforme à toutes les communes du littoral.

Car si rien n’est fait, le problème ira grandissant. Les premiers couples de goélands nicheurs sont arrivés en 1993 à Ostende. "Depuis, ils ont déjà eu de nombreux petits" , fait remarquer Hannelore Maelfait .

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